10 novembre 2020 au 10 novembre 2022 : Quand ATT parlait d’ATT (Partie 1)

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Rédactrice passionnée qui a vécu dans plus de 25 pays toujours à la recherche de la dernière information.

Le 10 novembre 2022 est le deuxième anniversaire de la mort d’Amadou Toumani Touré, affectueusement surnommé ATT ou Soldat de la Démocratie. Qui était cet homme ? Quel a été son parcours de son domicile de Mopti à Koulouba ? ATT en a fait une déclaration inédite, dans une interview donnée au journal Le Contrat (son centre de campagne lors des élections présidentielles de 2007)… Par Bref, ATT a tout dit sur ATT. Pour la postérité, Dawn revient sur cet entretien inédit.

Monsieur le Président, vos journées de travail sont très longues. Cependant, à huit heures du soir et parfois à neuf heures du soir, vous êtes toujours au bureau. Qu’est-ce qui vous rend si dur ?

Par la grâce de Dieu, je dois être en bonne forme physique. Mais je crois aussi qu’il y a une question morale. C’est aussi une question de routine. En tant qu’instructeur Commando Para, ce n’était pas l’exercice physique qui me manquait dans la vie. Et pour bien le faire, il faut avoir la capacité physique, mais aussi la capacité morale. Former des gens au para, au parachutisme de combat, au commando, demande beaucoup de moyens. Je vais vous raconter une anecdote. Il y a quelques années, j’ai rejoint l’Organisation internationale de la Francophonie pour faire appel contre l’interdiction des mines.

Pour cela, j’ai dû traverser plusieurs pays africains et même sortir du continent. À un moment donné, j’ai dû dire lors de mes réunions que je suis un instructeur spécial sur les explosifs et les feux d’artifice et que pendant de nombreuses années, j’ai dû former des gens avec ces engins. J’en ai formé tellement que je ne sais même pas combien.

Quand, après ça, on me demande de dire aux autres que tout va mal, vous pouvez comprendre ma honte et ma honte.

Je pense aussi que c’est la foi que j’ai en ce que je fais et la confiance que mon peuple a en moi. Chaque jour, je me dis que je dois faire plus pour ne pas décevoir cet espoir. Mais il faut aussi savoir que le vieux soldat que je suis parle beaucoup. En effet, j’ai la chance d’avoir une salle de sport ici pour le président Modibo

Kéïta l’a fait construire. On m’a dit que j’étais un grand athlète. Dans cette salle, je l’ai pris trois fois par semaine, le mardi, le jeudi et le samedi, pendant une heure, en faisant un petit exercice de course, de marche et au sol.

Monsieur le Président, vous êtes un bon joueur. On dit que vous jouiez dans l’équipe principale de Mopti.

Mon sport préféré était le football. Mais j’ai excellé en tant qu’athlète dans les courses intermédiaires et de sprint. Mais le football est resté une grande passion et j’ai tapé dans le ballon aussi bien à Mopti qu’à l’Ecole Normale Secondaire.

Savez-vous que mon père était le président du Bani Club, le club rival que j’ai finalement rejoint ? Un jour, j’irai voir mon père et l’informerai que beaucoup de mes compagnons ont une licence avec Bani. Alors pourquoi moi, lui ai-je demandé ? Peut-être que Bani n’a pas besoin de toi, répondit-il. Tant pis! Alors, par défi, je me suis inscrit dans l’équipe de Sagan, qui s’oppose à l’équipe de mon père. C’est là que j’ai donné la mesure de mon talent. J’étais un attaquant qui jouait comme ailier droit. Et si je devais retirer quoi que ce soit de mes performances, je pense que je débordais de vitesse et de détermination. Aujourd’hui encore, je suis un grand fan de football et je m’intéresse aux différentes compétitions nationales, aux compétitions européennes, au football continental ainsi qu’aux grandes compétitions internationales.

Le dimanche soir, par exemple, je ne rate pas l’émission foot de Canal +. Je suis le parcours des Aigles du Mali avec beaucoup d’intérêt et leur souhaite beaucoup de succès.

En raison des capacités que nous avons, nous n’avons pas à nous inquiéter. Mais, malheureusement, il y a ce bouton qui nous manquait, et j’espère sincèrement qu’il arrivera enfin lors des jeux qui nous séparent des besoins.

Monsieur le Président, nous vous avons entendu « écrire » votre cousin Coulibalys, Maïga, Kéïta, Sissoko… Qu’ont-ils fait pour mériter un tel traitement ?

Vous savez, je suis née dans un environnement où sortir ensemble a une dimension culturelle et sociale claire. Chez nous, Mopti, il y a plusieurs types de cousins. Il y en a un qui traite des noms de famille, mais il y a aussi cet autre type de parenté basée sur les liens du sang. Mieux encore, il y a une journée dédiée au cousin Mopti. Ce jour-là, ton vieux cousin t’attache et demande une « rançon » pour te libérer.

J’ai grandi dans ce quartier. C’est une valeur importante qu’on ne voit jamais ailleurs et qu’il faut transmettre à la postérité. Dans notre région, les cousins ​​​​sont si communs qu’ils méritent qu’on leur accorde de l’importance.

En tant que Président de la République que je suis, lorsque j’arrive dans certaines zones, je suis interpellé par les chefs de village. « Touré ni, i tè na né fo wa » (Petit Touré, ne viens pas me saluer).

Il n’est pas nécessaire de faire des recherches pour savoir que l’auteur d’une telle arrestation est Coulibaly. Vous voyez, la parenté telle que nous la pratiquons au Mali est un lien fort entre les gens et la société. Mais c’est surtout une stratégie imparable pour prévenir et gérer les conflits.

Et pendant ces cinq années, j’ai sorti des armes lourdes pour battre mon cousin Coulibaly. En gros, je voulais qu’ils me choisissent, et d’après mon score, je peux dire qu’ils l’ont fait.

Maintenant, je vais devoir trouver des objectifs pour la saison de départ. Mais, mon doigt me dit qu’il pourrait s’agir d’une fête à Maïga. La raison en est que les Kéïta sont tombés en ma faveur en épousant ma première fille, et les Sissoko, pour eux, sont des oncles (la mère d’ATT est Sissoko). Maintenant, il ne reste plus qu’aux Maigas pour anéantir ma colère ! Imaginez qu’à chaque voyage interne, je ramène 60 à 100 kg de haricots, des « trucs de cousin ». La tradition s’est établie qu’à la réception, il y a toujours de l’eau de bienvenue, du cola et du « business« , c’est-à-dire des haricots. Je peux vous dire qu’après cinq ans, je suis revenu de mes voyages dans le pays au moins une tonne.

Pourtant, le haricot n’est pas la céréale la moins chère de notre pays ! Bref, la relation d’humour aide à faire des rencontres, aide à détendre les relations et surtout redonne de l’énergie à la condition humaine.

Je me suis plongé dans ce jeu, et mes cousins ​​m’ont montré qu’eux aussi avaient un sentiment de séparation.

Quand je traverse le département de Ségou, et que j’arrive à Koutiala, les chefs de village et les notables que je rencontre me donnent « Coulibaly ». Avouez que c’est super !

M. Président, vos gens vous choisissent généralement par vos trois lettres, ATT. D’où vient ce nom qui est devenu si populaire qu’il est presque une marque déposée ?

Les initiales ATT, faut pas chercher bien loin, me viennent de l’armée. L’armée, vous ne le savez peut-être pas, est une organisation qui aime les initiales et les acronymes. Pour dire Para Commando Regiment, nous dirons simplement RPC. De même, nous dirons RA pour Régiment d’Artillerie ; FSA pour fusil semi-automatique ; PA pour pistolet automatique ; FM pour Fusil Mitrailleur… Je pense qu’il y avait deux Amadou Touré dans mon cas : l’actuel Gouverneur de Gao et moi. Cela a créé une confusion très intéressante. Quand quelqu’un appelle Touré, nous répondons tous les deux à l’unisson. Quelqu’un a dit Amadou, nous avons encore répondu avec une bonne équipe.

Pour corriger cette situation, c’est le Général Souleymane Sidibé, l’actuel Directeur de l’Ecole du Maintien de la Paix, qui a trouvé une solution en créant le label ATT. Et depuis, ces trois initiales sont restées en moi. Le premier nom a réussi dans notre promotion de l’Académie militaire. Puis, après les événements de mars 1991, les initiales sont devenues une marque déposée. Tout le monde m’appelle ATT, y compris les autres chefs d’État. Pour la petite histoire, parlant au président Chirac l’autre jour, je lui ai dit « Monsieur le président ». Surpris, il me dit : « Que vous arrive-t-il, Monsieur le Président ? Tu ne veux plus que je t’appelle ATT ? Il m’appelle souvent

James ». Cela vous indique si le surnom ATT dépasse les limites de sang.

On m’a récemment présenté un enfant qui serait né en 2002, le jour même du second tour de l’élection présidentielle. Son père m’a dit qu’elle avait quitté la maternité pour se rendre à son bureau de vote. Cet enfant voulait absolument me voir, et j’étais content de le rencontrer.

Aucun enfant ne m’appelle Tonton ou Papa, tout le monde aime ATT de loin. Mes enfants, jusqu’à un certain âge, disaient aussi ATT. Ma petite-fille qui parle dur ne peut pas dire ATT ; ne peut pas expliquer « TT ». Pour me moquer de lui, je lui ai dit : « TT, c’est pas moi, c’est mon père ! « . En fait, ATT se sent très proche et aimant. Je l’accepte sans réfléchir.

Monsieur le Président, comment décrivez-vous le grand amour entre vous et les enfants ?

J’étais très jeune, à Mopti, je vivais par tranches d’âge. Aujourd’hui encore, je parle encore à des amis de mon âge, qu’ils soient retraités, qu’ils soient maçons ou pêcheurs, qu’ils soient charpentiers ou chômeurs. Nous nous réunissons chaque semaine pour répéter cet esprit. Et quand je vais à Mopti, c’est la même chose. Par exemple, j’ai une amie avec qui j’ai couché pendant 10 à 15 ans ; il est musicien dans l’orchestre de Mopti, Kanaga. Elle s’appelle Sékou et elle continue à chanter. Depuis mon plus jeune âge, je collectionne les enfants. Je les ai soignés dans le club de football.

Je les aime. Ils arrivent tout simplement. Ce sont les enfants qui ne peuvent pas dire un mot, ils s’appellent ATT. Partout où je vais, au Mali, en Afrique ou ailleurs, les enfants viennent à moi. Il y a aussi ce pouvoir qui me mène à eux. Il est très puissant et peut être difficile à expliquer logiquement. Si les enfants devaient voter, je suis sûr qu’il n’y aurait pas d’élections au Mali car je gagnerais à chaque fois.

Moi, à un moment donné, je dois prendre le temps de parler au marabout Coulibaly ou Kéïta (rires) pour qu’il m’explique la raison profonde de l’attachement des enfants à moi. On m’a raconté une histoire très drôle liée à la dernière élection présidentielle. Ceux-ci se trouvaient près du bureau de vote et demandaient aux électeurs de voter pour ATT au motif qu’ATT était leur ami.

Entre moi et les enfants, il y a beaucoup de relations comme l’amour partagé. Et mon père me disait qu’un enfant aime celui qui l’aime. C’est si facile!

Je leur dois tellement que tout ce qui les concerne ou concerne leurs mères passe devant moi.

Monsieur le Président, dans votre parcours il y a des lieux, des lieux, des lieux qui ont une grande signification pour vous. Si vous le permettez, nous parlerons de quelques-uns de ces lieux, à commencer par Mopti. Qu’est-ce que Mopti pour vous ?

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Mopti est la première ville de mon enfance. C’est là que se trouvent la plupart de mes souvenirs d’enfance. Mopti est aussi la ville de Pagai (fleuve) et Mayo (grand fleuve). Mopti, pour moi, c’est aussi une petite ville d’affaires. Savez-vous qu’on m’apprenait à être poète ? Pendant les vacances, les enfants pouvaient s’inscrire à des activités qui leur plaisaient et j’avais choisi de coudre. Mon patron habite toujours à Mopti, et chaque fois que j’y vais, je vais le voir. Mais ne me demandez pas de vous coudre une chemise car je suis sûr que vous ne pourrez pas la porter. Mopti c’est aussi là où je suis né et c’est là que j’ai grandi, que j’ai été à l’école, c’est là que sont mes parents, mes amis… Mopti me rappelle le travail des champs.

Enfants, nous allions aux champs; nous avons planté, planté du riz, désherbé, apporté le riz au magasin familial. Quand j’étais à Mopti, je pêchais et pêchais individuellement. Dans ma région, en Première Division, il y avait beaucoup de bozos et de somonos.

D’autres sont mes parents… Quand je parle de Mopti, je retrouve les racines profondes de mon amour pour le pays et les autres activités du secteur primaire. Sofara, à moins de 100km de Mopti, conclut mon histoire avec Mopti. J’y ai beaucoup d’amis, beaucoup de souvenirs de cours de récré… Sofara, j’étais très riche. J’avais des amis des villages environnants qui étaient parfois bergers, je les accompagnais dans les pâturages, nous nous promenions dans la forêt. Aussi, chaque jour je devais me rendre au parc pour prendre l’abonnement lait de la famille qui était de 2 litres.J’aimais regarder le berger traire les vaches et boire le lait chaud et recueilli dans la jarre. Pour être honnête, l’élevage m’a vraiment dérangé. En revanche, il est petit-fils et fils d’économiste.

Moi, je connais les ficelles du métier. De Sofara, nous avons souvent marché jusqu’au trottoir. C’est un parcours de 4 km, sur une route secondaire. Naturellement, nous nous cachions. Au retour de ce voyage, nous devions aller directement à la rivière pour bien nous laver les pieds. Il fallait cependant éviter que Tonton sache que j’étais allé au bout de l’autoroute pour surveiller les gros camions qui partaient de San.

Vous ne pouvez pas imaginer à quel point j’étais heureux le jour où je suis retourné à Sofara pour préparer le tarmac de cette route de 4 km. S’il y a quelque chose qui inquiète les habitants de Sofara, c’est bien l’asphalte de cette route. Quand je me retrouve en tant que Président de la République, sur le point de réaliser ce désir de 30, 40 ans, j’ai très chaud au cœur. Et je me suis dit : « Hey, j’ai relevé le défi depuis mon enfance ».

Mon grand-père est de Bandiagara ; il s’appelle Boubou Sissoko. Son père s’appelait Famory dont nous parlerons plus tard. Ma mère est de Bandiagara. Il y a une très grande famille de mes oncles et tantes à Bandiagara. Je n’ai pas connu ma mère ; Je l’ai perdue aussi vite que mes deux sœurs. D’eux, je n’ai que des images floues. Ma mère a été enterrée à Bandiagara. Plus tard, on m’a dit que lorsque sa maladie avait atteint un certain stade, il avait été emmené à Doucombo, près de Bandiagara, pour essayer des traitements locaux. Tu sais, mon père et moi nous nous entendions très bien et il m’a dit beaucoup de choses.

Mais il a toujours refusé de me parler de ma mère et de mes deux sœurs. Lorsqu’il a perdu ma mère et mes deux sœurs, cela a dû être une épreuve difficile dont il ne s’est jamais remis. Je ne voulais pas lui faire de mal en lui demandant de me parler de ces trois personnes.

D’autant plus que j’avais encore une autre mère qui avait des compétences particulières. C’est dans la première semaine d’avril 1991, alors que je venais d’arriver pour affaires, que j’ai décidé de me rendre à Bandiagara pour voir la tombe de ma mère. En chemin, j’ai informé mon père de mon projet. Je suis allé chez mes oncles qui m’ont accompagné sur la tombe de ma mère.

Mes oncles et tantes m’ont souvent rappelé que lorsque mon père a vu disparaître sa femme, il est parti en voyage à Bandiagara où je suis allé avec lui. Je ne me souviens de rien de ce voyage. Il semble que lors de ce voyage, j’ai fait une chose terrible. Le chauffeur qui est venu nous chercher, Mamadou Coulibaly, conduisait un gros camion T45. J’étais placé entre mon père et le chauffeur. Il s’arrêtait fréquemment pour tirer sur un cochon d’Inde. Ils étaient nombreux à cette époque. Il semble qu’à un moment donné pendant que nous voyagions, une arme chargée a été perdue entre moi et le chauffeur, et pendant qu’il conduisait, il n’a pas remarqué que j’avais sorti l’arme. Et le tournage est terminé ! Il paraît que le bon monsieur Coulibaly a crié : « Mais Toumani, prends ton enfant ou il va nous tuer ». De cet incident aussi, je ne m’en souviens pas. Mais le plus important, c’est que nous sommes allés à Bandiagara. Ma mère m’a vu, m’a touché et nous nous sommes séparés. C’était la dernière fois que je l’ai vu. Depuis lors, chaque fois que je suis dans cette région, je fais un voyage sur sa tombe que certains de mes amis ont préparé. Maintenant, j’y vais une fois par an. J’y vais généralement avec ma famille.

Pour compléter Bandiagara, il faut se souvenir de l’épopée de Famery Sissoko, le grand-père de ma mère. C’était un opposant recruté très jeune dans l’armée d’El hadj Omar Tall.

Selon ceux qui l’ont connu, c’était une personne très active, un contemporain des autres enfants d’El hadj Omar. Il était originaire de Logo Sabouciré, dans la région de Kayes. Logo Sabouciré, faut-il le rappeler, est très célèbre dans l’histoire de la conquête coloniale du Soudan pour avoir été l’entrée des soldats français vers 1878. Le père de Famory a été tué lors des premiers affrontements entre les soldats coloniaux et de l’opposition. Grâce à la gratitude ou à l’amitié d’El Hadj Omar Tall, la jeune Famory fut confiée au grand résistant. Il a gravi les échelons de l’armée toucouleur jusqu’à ce qu’il atteigne le grade de général. Famory est le fondateur du clan de mon oncle Bandiagara.

Un jour, je vais à Bandiagara. J’ai été le premier chef d’État engagé dans la lutte contre la dracunculose. Une équipe japonaise arrive pour creuser dans la zone

Bandiagara. Une ville est choisie au hasard pour recevoir le premier trou. J’arrive et emmène mon oncle sur les chantiers. Nous sommes dans un village à environ 5-6 km de Bandiagara. Personnellement, je commence à creuser. A un moment, mon oncle m’a pris à part et m’a dit : « Savez-vous où nous sommes ? « . Non ! » C’est Saré Famory, m’a-t-il dit, la ville de Famory. C’est là qu’il y avait un travail avancé de l’état-major général de Famery, chargé d’une des quatre portes principales qui assuraient la sécurité de Bandiagara ». Mon oncle m’a également demandé s’il venait comment choisir cette ville. Je lui ai répondu que c’était un pur hasard et que dans ce cas, je n’avais rien décidé. Après on est parti et on est parti. Cela veut dire que parfois tout ne sera pas un pur hasard, souvent il y a une main du destin.

À un moment de mon enfance, il semble que mon père en ait trop fait pour moi. On peut le comprendre, c’est humain qu’il ait beaucoup d’amour pour moi après la disparition de ma mère et de mes deux sœurs. L’oncle et la tante s’en sont rendu compte et se sont dit : « Si on ne sépare pas Amadou et Toumani, ce ne sera rien dans la vie ». C’est ainsi que mon oncle Amadou Sissoko, qui est enseignant professionnel, est venu rendre visite à mon père à Tombouctou.

Aujourd’hui, j’ai beaucoup d’amis à Tombouctou comme l’imam de la mosquée Djingareber, Tidiane Ascofaré et bien d’autres. Pour vous dire la vérité, la plupart des personnes célèbres de cette ville sont mes amis d’enfance.

Pour la petite histoire, lors d’un de mes déplacements à Tombouctou, en tant que Président de la République, j’ai trouvé ma classe et ma place à l’Ecole Régionale. Par contre, je ne suis pas sûr que le banc de la table était le même. Ce jour-là, par hasard, il y avait un processus de reconstruction d’école et vous pouvez imaginer que j’étais heureux de participer à ce processus avec une modeste contribution.

Tombouctou en était à ses balbutiements. Nous étions à la fin des années cinquante.

Le commandant de l’anneau était un Français. Il y avait là un camp militaire et des unités coloniales françaises. La mosquée Djingareber séparait notre maison du camp. Une de mes choses préférées était d’aller camper. Pour ce faire, j’ai même pu me faire des amis parmi les enfants des soldats. J’y suis donc allé régulièrement.

L’aspect du camp m’a vraiment impressionné. Les soldats étaient bien habillés, forts et ordonnés. Chaque fois que je le pouvais, j’assistais à la relève de la garde. A partir de là, l’appel aux armes a été créé. Tombouctou, dans ma jeune vie, m’a laissé une grande marque d’amitié. De plus, c’est ici que j’ai appris à parler la langue sonrhaï.

Ryazan est une étape importante dans ma formation militaire. J’étais dans le Bataillon Para Commando à Djicorono et il a été décidé que j’irais en perfectionnement à Riazan.

C’est l’une des plus grandes écoles de parachutisme au monde. Le général Lebed et de nombreux commandants soviétiques sont des produits de Riazan. Là-bas, j’ai suivi une formation avancée de commandant de compagnie, de commandant de bataillon et, bien sûr, de saut en parachute. Je suis resté deux ans. Les hivers y sont très froids et nous avions l’habitude d’aller skier. Je suis toujours très proche de cette école. De plus, chaque fois qu’une délégation russe arrive au Mali, l’école de Riazan est toujours en mesure de m’envoyer un petit souvenir. Une fois, la télévision russe est même venue à Bamako pour me parler de mon séjour à Riazan.

C’est pas bon, j’en conviens ! Je n’ai pas l’occasion de m’entraîner souvent et j’oublie forcément. Mais si on parle russe à côté, je comprends.

Ces jours-là, je suis inspiré, je peux même énumérer quelques mots. En fait, lorsque j’ai rencontré la secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, nous avons échangé quelques mots en anglais, mais ça n’a pas marché.

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