Alexandre Jollien : « Je ne suis pas un sage, mais une blessure à la jambe qui essaye d’avancer »

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Written By Sophie Ledont

Rédactrice passionnée qui a vécu dans plus de 25 pays toujours à la recherche de la dernière information.

Publié le lundi 2 mai 2022 sur 19:38

Alexandre Jollien est né en 1975 à Savièse (Valais), et est né avec une paralysie cérébrale. Un handicap qui lui faisait ressentir la souffrance, le mépris, le mal, le rejet de l’autre. Un handicap que cet être spécial a réussi à maîtriser, notamment grâce à l’humour, à la philosophie grecque et à la parole du Bouddha.

Aujourd’hui, le Suisse est internationalement reconnu pour ses qualités de philosophe et d’auteur. Son œuvre littéraire – dix livres publiés depuis l’Éloge de la faiblesse (Cerf) en 1999 – est à la hauteur du nombre de récompenses qu’il a remportées pour l’ensemble de son œuvre.

Très actif ces derniers mois, il vient de sortir Cahiers d’insouciance (Gallimard). Un essai dont le but est de nous libérer de la tyrannie de la tristesse afin de nous transporter vers le bonheur. Il est également dans le film à succès « Presque », réalisé avec son ami Bernard Campan. Une histoire touchante et drôle sur le thème du handicap, où il fait ses premiers pas au cinéma.

Pour mieux comprendre l’évolution d’Alexandre Jollien, ses projets et ce qui le motive, « Le Temps » a organisé une visioconférence interactive avec le philosophe, animée par Agathe Seppey (journaliste sociale) et Cédric Garrofé (journaliste et responsable des contenus numériques).

I / Entretien entre Alexandre Jollien et Agathe Seppey

I / Entretien entre Alexandre Jollien et Agathe Seppey

Alexandre Jollien : Il y a des hauts et des bas. Physiquement, ce n’est pas toujours facile, mais je suis content d’être avec toi et de parler. Merci pour l’accueil, ça me touche beaucoup.

Vous êtes philosophe, conférencier, auteur et maintenant acteur. Qu’est-ce qui est difficile dans votre exposition aux médias ?

Peut-être la réduction au handicap. Nous nageons dans la mer tous les jours avec des amis. On parle beaucoup de solitude, et ils m’ont fait découvrir une célèbre chanson de Léo Ferré qui porte ce nom. La solitude existentielle est présente chez tout le monde, quelle que soit l’activité que vous menez. L’idée est de construire une société plus solidaire, et d’être tous ensemble.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez vu le film « Almost » pour la première fois ?

Mon handicap m’a dépassé. C’était une surexposition de ma condition, et tout le travail intérieur à faire est surtout de ne pas y réduire sa propre analyse. Souvent ma voix intérieure juge, se brise, est inconciliable et manque de confiance en moi. Sur Youtube, mon fils et moi avons regardé la vidéo d’une personne parlant de ses troubles de la personnalité. Elle se voyait dans plusieurs personnages. Pourtant, c’est quelque chose pour tout le monde : qui sommes-nous vraiment au fond de nous, loin des rôles, des étiquettes ou des réductions que nous recevons ? Mais si on « trouve » qui on est, on arrête tout, on est dans la fixation. C’est très nocif, car la réalité change, elle évolue.

Qu’est-ce qui pèse le plus lourd dans votre vie ?

Anxiété, peur, manque de confiance en soi. La vie de tous les jours n’est pas facile. J’ai toujours peur de perdre le jugement de mes proches. Je pense que l’anxiété la plus difficile à supporter pour moi est la peur d’être rejeté. Comme je le dis souvent, je ne suis pas un sage, mais un homme blessé qui essaie d’avancer. Par définition, le philosophe est celui qui aspire à la sagesse, donc il ne l’a pas encore atteinte ! Dans la vie on avance, on avance, mais les blessures restent. Certaines personnes sont très douées pour nous vendre des recettes miracles pour atteindre le bonheur ultime et permanent. Ce sont des mensonges.

Quelles sont vos impulsions pour survivre au quotidien ?

Pratique spirituelle, famille, marche méditative, méditation classique, lecture, amitié spirituelle, c’est-à-dire être entouré de personnes positives qui m’élèvent. Chacun peut trouver de la joie dans l’exercice de sa liberté. Il faut se questionner et se demander ce qui nous donne vraiment de la joie pour avancer vers cet exercice.

Vous êtes très présent sur les réseaux sociaux. Aimez-vous ces endroits ?

Les réseaux sociaux nous connectent et nous déconnectent. C’est une grande question que je me pose : de cette communauté qui me suit, qui sera encore là le jour où j’aurai un problème ? Je suis désolé de ne pas pouvoir créer plus de solidarité. J’essaie, mais je ne sais pas comment faire mieux. Le défi est grand.

Cependant, vous recevrez de nombreux messages d’assistance via vos comptes en ligne…

C’est vrai, et je suis très touchée par ces marques d’affection. Cela me donne une responsabilité. J’ai beaucoup de blessures, et parfois je suis désespérée face à la vie et aux difficultés. Se sentir soutenue est un vrai cadeau qui me donne aussi la responsabilité d’être là pour les autres.

A voir : le compte Instagram d’Alexandre Jollien

Faut-il vraiment faire passer les autres avant soi ?

Pour le maître du bouddhisme tibétain Chögyam Trungpa Rinpoché, il faut faire passer les autres avant soi. Cela peut faire la différence entre la psychologie et la spiritualité, qui dit qu’il ne faut pas attendre d’avoir résolu ses problèmes en s’engageant envers les autres. Dans tous les cas, il ne faut jamais s’engager envers les autres en se reniant, en abusant de soi. Vous devez être vous-même.

Vous êtes également considéré comme un grand vulgarisateur de la philosophie…

Ce n’est pas ce que j’essaie de faire. Je n’essaie pas d’être simpliste, ce n’est pas une attitude, je suis juste comme je suis basé sur mon parcours. J’essaie de garder ce qui m’aide personnellement le plus et de partager mes pulsions. Il n’y a vraiment pas de stratégie, j’essaie juste de voir ce qui m’aide à vivre.

Ne seriez-vous pas ici sans philosophie ?

Sans les autres, ma femme, mes enfants, mes parents, mes amis, le philosophe, je ne serais sans doute pas là, oui.

Comment voir le positif face à une actualité lourde depuis plusieurs années ?

Ce qui aide, c’est de revenir à l’essentiel, de mettre sa vie dans une dynamique, de se dire : qu’est-ce que je peux faire aujourd’hui pour passer à autre chose et aller vers l’autre ? Et comment ne pas être pollué par le mal, la violence ou encore le stress. La pandémie de coronavirus nous a notamment donné l’idée que nous étions tous sur le même bateau, pour repartir ensemble plus généreusement. Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve, mais il ne faut pas retomber dans l’individualisme et un modèle qui en met beaucoup à l’écart.

A lire : Alexandre Jollien : « Je suis optimiste, on va vivre les bienfaits de la solidarité qui sauve »

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Partie II / Questions des lecteurs du «Temps»

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Avez-vous aimé votre rôle d’acteur dans « Presque » ? Ce film aura-t-il une suite ? (Hervé)

Ce film est l’histoire d’une amitié avec Bernard Campan. Nous n’aurions pas pu le faire sans elle. Quand on nous demande s’il y aura un suivi, c’est un peu comme quand on demande aux parents à la maternité « Alors c’est quand le prochain ? ». Ce film a été difficile pour moi physiquement, j’ai aussi dû être réalisé avec ma grande peur d’être réduit à un handicap. Le message de ce film est de montrer que la vie a de la valeur, qu’on peut créer du lien, et que c’est toujours ensemble qu’on se sauve.

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Je ne crois pas au bonheur en tant qu’état stable, paisible et calme. Je crois plutôt à la joie inconditionnelle, qui ne se produit donc pas et ne dépend pas d’une seule chose. Ce qui l’anime, c’est de pratiquer une voie spirituelle, de s’entourer d’amis et d’oser vivre une vie plus généreuse. Comme le disait Nietzsche, on peut aussi se réveiller le matin en se demandant à qui on peut s’attendre.

Comment transformer la vulnérabilité en force ? (Marianne)

Ce qui m’aide quand je suis dans une période de fragilité, c’est la relation aux autres. Il faut oser demander de l’aide, être bien entouré, tout en restant authentique.

Votre ami Matthieu Ricard accorde une grande importance à la protection de la nature et des animaux. Quelle est votre attitude face à cela ? (Marié)

Pour moi, l’écologie au sens large c’est montrer que nous sommes tous habitants de la même maison. L’attention aux autres, c’est aussi l’attention que l’on porte à la nature et aux animaux. Cela fait partie de la voie pour construire une société solidaire, et donc une société meilleure.

Comment accepter le rejet amoureux ? (Alexandra)

J’ai vécu une dépendance émotionnelle, surtout en Corée du Sud. Ce qui m’a aidé dans cette situation, c’est de réaliser que personne ne devrait avoir le monopole de la dévotion, sinon la souffrance commence. Prendre conscience de cela est un pas vers la liberté.

Que manque-t-il à notre monde pour aller mieux ? (Xavier)

Notre monde est décidément trop individualiste. Si tout le monde avait l’habitude de faire du bien aux autres, cela changerait effectivement la relation quotidienne.

Au lieu d’être pacifiste, la philosophie ne devrait-elle pas être plus combative ? (Sarah)

Diogène était à la fois rebelle et tolérant. Ce type de rapprochement est très difficile à réaliser. On retrouve cela chez Niestzche, où l’on retrouve l’amour de ce qu’est le dépassement de soi, notamment lorsqu’il dit qu’il faut philosopher à « coups de marteau ». C’est un vrai projet à développer, à savoir l’acceptation inconditionnelle de la réalité et l’obligation de lutter contre l’injustice.

La méditation à l’école, une bonne idée ? (Kla)

Oui, cela peut être positif pour les enfants, mais sans l’instrumentaliser. Quand quelqu’un est en mauvaise posture, on lui conseille généralement de méditer. Et nous pouvons le faire. Prenons un autre exemple : lorsqu’une personne fait un burn out, elle est renvoyée à l’autogestion, sans remettre en cause les conditions peut-être inacceptables qui ont généré ce mal-être. La méditation n’est pas un cachet de la réalité qui tolérera l’injustice.

La spiritualité a-t-elle sa place dans les affaires ? (Paola)

Oui, s’il n’est pas instrumentalisé. A quoi bon proposer un forfait philo si on garde les mêmes conditions de stress ? Méditer, c’est ne pas accepter des relations clé en main inhumaines, stressantes, sans soutien.

Comment chasser certaines idées noires de ma tête ? (Alexandre)

Dans la méditation, nous apprenons à ne pas chasser ces idées, mais plutôt à vivre avec elles. Ce qui m’aide personnellement c’est la relation avec les autres, aller voir des amis et dire quand ça ne va pas. Il ne faut surtout pas rester seul face à ces passions tristes qui nous accablent. Et soyez mutuellement ouvert à une personne qui ne se sent pas bien. C’est crucial.

Vous dénoncez régulièrement le rejet des personnes handicapées dans la société… (Internaute)

Nous ne sommes pas assez visibles. Cela montre que notre société n’est pas assez solidaire. C’est également le cas des personnes âgées ou des étrangers. C’est toujours un processus d’exclusion, plus ou moins conscient. Les médias ont aussi pour mission de briser ces stigmates.

A lire : « Presque » : un voyage d’amitié et de mort

Comment avez-vous surmonté le bouddhisme ? (Journaliste)

Je me suis intéressé au bouddhisme lors de mes études à l’Université de Fribourg. J’ai aussi lu le livre Comment pouvons-nous être zen ? (Le Relié) de Jacques Castermane. Il m’a beaucoup apporté. J’aime l’idée que l’humanité possède un trésor de sagesse que l’on peut simplement visiter.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut méditer ? (Laura)

La méditation n’est pas un commandement, c’est une nécessité intérieure. Il faut prendre acte de ce qui est en nous, sans vouloir le changer. Il n’y a pas de recette magique, la méditation est un moment précis de la journée où l’on prend du temps pour soi. Personnellement, je le fais tous les jours. De grands maîtres m’ont dit que la méditation n’est pas là pour guérir nos névroses, c’est avant tout un travail de fond. Malheureusement, on attend souvent d’être malade pour commencer, ce qui est une erreur. Apprendriez-vous à nager dans une tempête ?!

La simplicité est-elle une réponse à nos problèmes ? (Laura)

Oui, et cela montre aussi l’abondance de la société dans laquelle nous vivons. Au lieu de nous demander ce qu’il faut pour être heureux, nous devons plutôt nous demander comment nous devrions être heureux avec ce que nous sommes et ce que nous avons.

Quel est le sens de la vie? (Julien)

A priori, la vie n’a pas de sens qu’il suffirait de traiter pour comprendre les choses. Pour moi, la vie est un sens, et nous inscrivons notre existence dans une dynamique. Pour donner un sens à ma vie, je me lève chaque matin pour avancer, vivre la vie et m’ouvrir aux autres.

Presque (Pan européen) de Bernard Campan et Alexandre Jollien. Entrée du 5 au 16 mars et du 8 au 19 juin 2020 à Montpellier et Hérault. D’après Police (Bus Movies) de Frédéric Videau. Enregistrements du 3 février au 14 mars 2020 et du 22 au 26 juin 2020 à Toulouse, Vias et Carcassonne.

Où regarder presque ?

Où regarder presque ?

Top 5 des services VoD

  • Netflix.
  • Canal +
  • OCS Go.

Quels films sont disponibles sur Amazon Prime ? En mai 2022, plusieurs ajouts intéressants sont à noter. Côté séries, Bosch : Legacy, The Originals, The Wilds et Romulus notamment figurent sur la liste. Côté cinéma, la trilogie du Parrain, Wonder Woman, Batman Begins, Mademoiselle et Goodfella sont les principaux ajouts.

Où vit Alexandre Jollien ?

Où vit Alexandre Jollien ?

Alexandre Jollien vit en Corée depuis 18 mois. Avec femme et trois enfants. Le philosophe valaisan est allé vivre une expérience spirituelle en famille avec le père Bernard, jésuite canadien et maître zen.

Qui est la femme d’Alexandre Jollien ? Confidentialité. En 2004, il épouse Corine, une Suissesse rencontrée à Dublin en 2000 lors de l’échange Erasmus. Ils ont trois enfants : Victorine, née en 2004, Augustin, en 2006, et Céleste, en 2011.

Quel âge a Alexandre Jollien ?

Pourquoi Alexandre Jollien est handicapé ?

C’est à Sierre, en Suisse, que ce philosophe a poussé ses premiers cris, en 1975. quelques « blessures ». La paralysie cérébrale suit », a-t-il écrit sur son site internet.

Comment s’appelle le philosophe handicapé ?

Comment s'appelle le philosophe handicapé ?

La vie du philosophe Alexandre Jollien, handicapé de naissance. A sa naissance, Alexandre Jollien a été étranglé par le cordon ombilical, mais a survécu.

Quel âge a Alexandre Jollien ?

Pourquoi Alexandre Jollien est handicapé ?

C’est à Sierre, en Suisse, que ce philosophe a poussé ses premiers cris, en 1975. quelques « blessures ». La paralysie cérébrale suit », a-t-il écrit sur son site internet.

Qui sont les enfants d’Alexandre Jollien ?

Ils ont trois enfants : Victorine, née en 2004, Augustin, en 2006, et Céleste, en 2011.