Après HPI, HPE : le business lucratif de l’intelligence émotionnelle

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Written By Sophie Ledont

Rédactrice passionnée qui a vécu dans plus de 25 pays toujours à la recherche de la dernière information.

« Toute ma vie, je me suis demandé pourquoi je n’étais pas comme tout le monde », écrit Anne*. Dans un long texte posté sur le groupe Facebook « HPE, HPI, Zèbres, Empathes, Hypersensibles… LES ATYPIQUES », cette mère de famille fait un aveu qui sonne comme une révélation. « J’ai reçu un diagnostic d’HPE », rapporte-t-il. Trois initiales qui signifient beaucoup pour eux, ainsi que pour les 58 000 membres du groupe. Anne vient de découvrir qu’elle a un haut potentiel émotionnel, une version HPI, ces gens avec un QI supérieur à 130. C’est moins une question de logique que d’émotion. En tant que HPE, cette mère assure qu’elle ressent tout plus fortement que les autres. Son « quotient émotionnel » exploserait.

Le concept soulève les sourcils de nombreux psychiatres et psychologues. Mais il attire de plus en plus d’adeptes, car sa conséquence – l’intelligence émotionnelle – devient de plus en plus reconnaissable. Livres, articles, formations… Trente ans après son origine outre-Atlantique, l’intelligence émotionnelle s’affirme comme un atout dans le monde du travail. De nombreuses formations offrent aujourd’hui aux managers l’opportunité d’apprendre à « mieux connaître » et à « gérer » les émotions de leurs collaborateurs. Une véritable mine d’or pour les baskets désireuses d’investir dans l’article. Les grandes écoles facturent parfois jusqu’à 2 000 € pour les quinze heures proposées par les grandes écoles, et les promesses de formation souvent coûteuses couvrent une notion qu’elles revendiquent devenue incontournable dans le monde du travail. Mais le concept, nébuleux, ne repose guère sur des fondements scientifiques.

L’intelligence émotionnelle, « compétence clef »

L'intelligence émotionnelle, "compétence clef"

Le concept, créé aux États-Unis, a été popularisé en 1995 par le journaliste scientifique Daniel Goleman dans le livre Emotional Intelligence at Work. Son critère est aussi le « quotient intellectuel », qui indique la capacité de chacun à reconnaître ses propres émotions et les émotions des autres et à les « contrôler ». Ces outils ont rapidement attiré l’attention des médias, notamment sur la couverture du magazine Time. Dans une organisation du travail de plus en plus flexible, une thèse de journaliste suscite l’intérêt. « La grande force de Goleman était d’avoir créé un concept similaire au QI pour influencer les ingénieurs. Le langage de cette technique permettait de rationaliser des techniques non académiques en leur donnant un aspect quasi scientifique », décrypte Scarlett Salman, maître de conférences en sociologie à Gustave – Université Eiffel.

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En France, le livre est régulièrement traduit et réédité, et il a derrière lui un grand nombre d’ouvrages sur ce sujet. On en dénombre plus de 800 sur le site d’Amazon.Sur le site Edistat, spécialisé dans les statistiques de ventes de livres en France, plus de 100 ouvrages sont publiés, de l’Intelligence émotionnelle à l’école et en famille à La Boîte à outils de l’Intelligence émotionnelle. Preuve de l’engouement pour le sujet, la plupart de ces travaux ont été publiés entre 2018 et 2022. En 2017, l’année précédant le grand boom en France, l’intelligence émotionnelle était également identifiée comme une « compétence clé » dans un rapport du World Economic Forum à Davos sur l’avenir de l’emploi. Fini le temps où l’on prêchait que seul le QI détermine le succès au travail. A études et environnement identiques, la capacité de l’individu à bien s’entendre avec ses collègues assure des progrès plus rapides que la moyenne. Preuve? Pour les apôtres de l’intelligence émotionnelle, ce constat est moins important que ce qu’il signifie : savoir gérer ses émotions – et les émotions des autres – est au moins partiellement acquis. Un apprentissage négociable, surtout lorsque vous utilisez un terme aussi populaire que « l’intelligence émotionnelle ».

Des formations entre 1 500 et 3 000 euros

Des formations entre 1 500 et 3 000 euros

Les organismes de formation ne s’y sont pas trompés. Par exemple, le groupe Abilways propose quatorze heures de formation sur deux jours pour « gérer et utiliser ses émotions pour être plus efficace ». Coût de l’expérience financé par le compte de formation professionnelle : 1 420 euros HT. Dans le même format, Gereso propose des cours, cette fois à distance, à un prix légèrement inférieur : 1 398 euros. Pour six heures supplémentaires, les tarifs de l’organisme Cegos s’élèvent à 1 995 euros. « Avec le développement du travail à distance, il est devenu de plus en plus difficile d’appréhender les émotions de ses collègues à travers les écrans. Nos formations permettent d’évaluer et de prendre du recul », explique Céline Peres-Court, consultante chez Cegos.

En grande partie à cause de la « prise de conscience » provoquée par la pandémie, de plus en plus d’entreprises se tourneraient vers ces stages intensifs. A tel point que même les grandes écoles s’en sont emparées. Pour vingt-sept heures de cours et une rémunération de 2 000 €, l’EM Lyon Business School s’engage à « mettre en œuvre des tactiques émotionnelles pour favoriser le développement personnel et collectif » et « la performance du leadership ». Sciences po s’y est également impliquée en proposant « le management à l’aide de l’intelligence émotionnelle » dans son master « Executive Education ». Prix ​​de la formation : 2 370 euros. « Cela revient au même principe : apprendre à gérer l’impact du travail sur nos émotions pour être plus productif », poursuit Scarlett Salman.

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Le retour de la « gestion de conflit »

Le retour de la "gestion de conflit"

Avec quelques variantes, ces formations suivent toujours le même principe : « l’autodiagnostic » par les participants, un cours d' »exploration des émotions », des scénarios de « gestion des émotions dans les relations tendues »… « Cela ressemble à des cours de gestion de conflits que vous pourrait fonder dans les années 1990, mais avec un nouveau nom », explique Juliette Jérôme Pellissier, docteure en psychologie. Alors rien de nouveau sous le soleil ? « L’intelligence émotionnelle fait partie de la ‘mode leadership’. Les organisations se méfient des mots à la mode pour attirer les clients, même si le concept ne répond finalement qu’au même problème : un manque de communication au sein de l’entreprise », note Scarlett Salman.

Certains y consacrent l’essentiel de leur activité. Par exemple, le Center for Emotional Intelligence propose des formations de 1 500 à 3 000 euros. Il existe un test que tout le monde peut utiliser pour évaluer son intelligence émotionnelle. Au programme : 130 questions auxquelles le participant doit répondre en ligne, vingt minutes. A l’énoncé ‘j’évite de faire du mal aux autres’, la personne devra répondre par exemple ‘jamais, parfois, occasionnellement, souvent, presque toujours ou toujours' », explique Lucie Lauras, fondatrice de l’association. Une analyse d’une heure de chaque compétence est ensuite effectuée. Tout cela pour une modique somme… 250 euros.

Effet Barnum

Effet Barnum

Mais la pertinence de ces évaluations est discutable. « Contrairement aux tests de QI, qui reposent sur des éléments logiques objectifs, ces questionnaires sont basés sur l’auto-rapport, ce qui entraîne de gros biais », explique Juliette Jérôme Pellissier. Parmi eux, l’effet Barnum, qui en psychologie sociale fait référence à la capacité de n’importe qui à accepter une description qui s’applique à sa personnalité si elle est suffisamment vague… et gratifiante, pensez aux horoscopes ou aux lectures de tarot. « C’est pourquoi il est souvent très facile d’obtenir un score élevé aux tests de personnalité en ligne. Vous choisirez toujours la réponse la plus flatteuse », poursuit le chercheur. Sans même passer par des organismes de formation, les évaluations – souvent gratuites – visant à mesurer l’intelligence émotionnelle de chacun se sont également multipliées en ligne ces dernières années, décuplant le nombre de personnes susceptibles de se déclarer « à haut potentiel émotionnel ». « Le résultat est amusant, mais il peut avoir des conséquences néfastes et masquer de vrais problèmes psychologiques, prévient Juliette Jérôme Pellissier. Ce test n’est en aucun cas un diagnostic médical. »

En ce qui concerne l’organisation de la formation, ce n’est de toute façon pas une ambition affichée. Il n’y a aucune volonté de résoudre des problèmes mentaux : l’objectif est avant tout d’assurer une meilleure ambiance de travail et, in fine, une plus grande productivité des employés. Avec risque : «Suggérant que les problèmes potentiels dans l’entreprise ne sont que le résultat des sentiments et des réactions des individus, souligne Scarlett Salman. Que la solution à chaque obstacle est le résultat d’une réaction individuelle, et non d’un problème plus large de l’entreprise. »

Opinions

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Chronique de Cécile Maisonneuve

Comment se faire diagnostiquer hypersensible ?

La consultation d’un psychologue peut aider l’enfant, ainsi que son entourage. Premièrement, le diagnostic confirmera (ou infirmera) l’état d’hypersensibilité.

Comment tester l’hypersensibilité ? Comment savoir si je suis hypersensible ? Une évaluation émotionnelle et de la personnalité est indiquée pour détecter une hypersensibilité. Un test de QI n’est pas nécessaire si vous voulez principalement savoir si vous êtes hypersensible.

Comment savoir si on est une personne hypersensible ?

Les personnes hypersensibles ont le sentiment d’être constamment sur un fil. Colère, larmes, retrait, agressivité… il est difficile pour son entourage de comprendre ses réactions imprévisibles. On les dit sur le fil du rasoir, empathiques, mais aussi créatifs et intuitifs.

Comment pense un HPE ?

Le fonctionnement cognitif de HPE est intuitif. Le flash de pensée chez une personne HPE lui permet de capturer immédiatement, souvent inconsciemment, des données environnementales. La compréhension de la réalité se fait sur place, sans implication de logique ou d’analyse.

Comment fonctionne le cerveau HPE ? Les personnes à haut potentiel ont un cerveau qui fonctionne à plein régime, une sensibilité accrue et le sentiment de toujours vivre à la limite. Et si cette différence nourrissait la société de demain ? Le cerveau de HP est en ébullition constante.