Ariège : pour le feu d’artifice, l’été 2022 se transforme en pétard mouillé

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Written By Sophie Ledont

Rédactrice passionnée qui a vécu dans plus de 25 pays toujours à la recherche de la dernière information.

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Alors que l’interdiction provinciale de feu prend fin ce dimanche 31 juillet à minuit, les artificiers ariégeois rencontrent des difficultés pour payer leurs factures.

Dans un été comme celui-ci, les professionnels auraient été heureux sans elle. En Ariège, la première banderille a été plantée par la commune mardi 12 juillet, deux jours avant la fête nationale et son traditionnel feu d’artifice. Et en pleine canicule, la canicule et le tracé du Tour de France ont été homologués pour justifier l’interdiction d’allumer des feux dans le circuit jusqu’au 17 juillet inclus.

Un manque à gagner de 40 000 euros pour certains pros

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Artiste à Toulouse pour le compte de sa société Toulouse Artifices Créations, Michel Murcia a vu le rouge pour la première fois. Lui qui a mis le feu à l’Ariège, a été contraint de tout annuler au dernier moment. « Le district ne m’a pas prévenu. Les camions étaient chargés, prêts à partir. C’est la première fois que je vois cela. Après le Covid, on n’a pas pu tourner car la pluie nous a arrêté, c’est l’année de la chaleur, il faut être honnête. Cet ordre, comme l’ordre donné récemment, est très différent. La vérité, c’est que je suis en colère. »

Sa colère, provoquée par la nouvelle loi de province qui est la même depuis la journée du 12 juillet (du 25 juillet à minuit ce soir), Michel Murcie sait qu’elle est de mise. D’autant que, selon lui, les méthodes techniques se sont améliorées dans le bon sens.

L’homme de 63 ans qui a dû allumer au moins dix feux a poursuivi : « Nous, les pyromanes, nous ne sommes pas des pyromanes. Aujourd’hui, il n’y a pas de retombées d’incendies de forêt sur le terrain comme il y a 40 ans. La durée des étoiles est beaucoup plus courte et le risque d’incendie est quasi inexistant. Quoi d’autre, dans un endroit comme Saverdun, où le tournage a lieu dans la ville. Louchement, les investisseurs estiment sa perte estivale à 40 000 euros au moins.

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« L’impression d’être encore le dindon de la farce »

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Si certains incendies sont reportés, certains sont tout simplement annulés sans compensation pour l’incendie. “ Il n’y a pas d’assurance contre le risque d’annulation. Aujourd’hui, je souhaite que certains clients (de nombreuses communes, ndlr) me versent une partie des feux annulés par cette décision provinciale. »

De son côté, Jean-Jacques Servat ne voit pas mieux la situation que son ami toulousain. Son métier  : la vente d’artifices pour les professionnels du secteur.

Installée à côté de Mercenac, l’annulation des incendies pose un problème à son entreprise dans la gestion des ventes d’explosifs. « Dans ma maison, j’ai le droit de stocker 2 tonnes d’explosifs et 8 tonnes de petits explosifs, pas plus d’un gramme. Je ne pourrai pas tout garder. J’ai déjà livré à certains clients, mais il sera retourné. C’est la première fois qu’il y a autant d’annulations ici en Ariège. Le manque de coordination est total et on a le sentiment d’être à nouveau le dindon de la farce. »

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Ce qui attriste l’homme de 62 ans, c’est de voir que cette commande a été faite au prix fort. Il a déclaré : «  90 % de nos activités se font en été. Pour Covid, il y avait de l’aide et des avantages d’autres endroits. Là, il n’y aura personne. Entre la hausse du pétrole, la concurrence chinoise sur la production de produits d’incendie, qui entraîne l’augmentation du prix des matières premières, et des produits qui resteront entre mes mains, je pense que ma perte sera de 10 000 euros  ».

Pour tenter de sauver des meubles, certains comme Michel Murcie ont déjà annoncé qu’ils écriraient à la province de l’Ariège, mais ils ne s’y sont pas trompés.

« Ce métier a encore de l’avenir »

« Ce métier a encore de l’avenir »

Cette année, l’été des acheteurs de rêve va enfin ressembler à un cauchemar.

Apprendre à la relève à divertir les spectateurs, c’est l’incroyable travail de Bernard Ferriol, seul professeur de pyrotechnie en Ariège. Pour le dirigeant de 63 ans de l’association ArtPyro basée à La Tour-du-Crieu, le temps qui passe n’a jamais été aussi passionné. «  J’ai créé cette association pour transmettre ma passion aux jeunes qui veulent se lancer, raconte Bernard Ferriol.

Aujourd’hui, il n’y a qu’un seul diplôme pour devenir artificier, le F4-T2. Pour l’obtenir, il faut s’adresser à un organisme comme nous et passer par la province, qui donne son approbation. Le travail est plus réglementé que par le passé. Pour preuve, à l’époque, dans les années 1980 par exemple, l’engin F4-T2 peut surveiller plusieurs sites de tir en même temps. Maintenant c’est interdit. Il y a un artisan sur place, basta. »

Pour lui, l’arrêté provincial de cette semaine «  ne pose pas de problème à cause des restrictions sur les routes des pompiers  » de l’Ariège, dont certains sont regroupés dans d’autres départements (lire page 20). En revanche, il souhaite annuler cette loi, afin de ne pas créer de concurrence déloyale dans le travail.

Chaque année, ArtPyro forme une quinzaine de futurs pyrotechniciens. Même si les besoins se font sentir en termes d’experts dans le domaine, l’enseignant reste fidèle  : « J’espère dire que ce travail a encore de l’avenir. Pour lui, l’exemple espagnol selon lequel « le feu est allumé par la chaleur tous les étés », vient éradiquer l’idée que le réchauffement climatique va tuer le monde de la pyrotechnie en France.