Bordeaux : « Il est décédé après 10 heures d’attente dans le couloir de l’hôpital »

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Par Elisa Artigue-Cazcarra – e.cazcarra@sudouest.fr Publié le 31/05/2022 à 21h57 Mis à jour le 02/06/2022 à 18h12

La famille de la Girondine de 48 ans, décédée en 2018 après avoir été admise au CHU de Bordeaux, a attaqué l’hôpital, leur reprochant une série d’échecs dans leur prise en charge. Une audience s’est tenue devant le tribunal administratif le 31 mai

Elle avait 48 ans, avait deux enfants et un mari lorsqu’elle est décédée le 10 mars 2018, au CHU de Bordeaux. Fédérica y avait été admise 48 heures plus tôt, dans un état d’inquiétude. Elle a attendu plus de dix heures avant d’être transférée aux soins intensifs où elle a succombé. Quatre ans plus tard, le tribunal administratif de Bordeaux examine…

Elle avait 48 ans, avait deux enfants et un mari lorsqu’elle est décédée le 10 mars 2018, au CHU de Bordeaux. Fédérica y avait été admise 48 heures plus tôt, dans un état d’inquiétude. Elle a attendu plus de dix heures avant d’être transférée aux soins intensifs où elle a succombé. Quatre ans plus tard, le tribunal administratif de Bordeaux examinait, le 31 mai, un recours de la famille de cette Girondine contre le CHU de Bordeaux, qu’elle accuse d’un manquement aux soins. Analyse de l’hôpital contestée mais partagée par le journaliste public.

Fédérica souffrait de la maladie de Still, un syndrome auto-inflammatoire systémique rare. Elle était surveillée et son infection était sous contrôle. Le 28 février 2018, elle a été transférée à l’hôpital universitaire après être tombée malade dans un avion. Un bilan est dressé. L’état de santé de la patiente s’améliorant, elle a été autorisée à rentrer chez elle avec pour instruction de contacter l’hôpital en cas de problème. Le 6 mars, elle a de nouveau eu de la fièvre.

Huit heures pour l’arrivée du Smur

Le 8 mars, à 10 heures, elle s’est rendue à l’hôpital Saint-André, qui dépend du CHU. Une infirmière prend sa température : 39,3° de fièvre. Sa tension artérielle est basse, son rythme cardiaque aussi. Un contrôle est effectué et un traitement antibiotique est appliqué. Mais à 12h30, la tension artérielle est toujours très basse et le Samu est prié de passer en réanimation à Pellegrin. Une équipe de Smur n’est arrivée que huit heures plus tard, à 20h30. La santé de Federica a continué de se détériorer. Immuable, elle entraîne la mort de la mère.

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Sous le choc, son mari saisit la commission de conciliation et d’indemnisation pour obtenir des réponses. Un expert est désigné. Les conclusions finales sont : pour lui, la mort à la suite d’un accident médical injustifié. Il estime que les chances de survie seront perdues à 80 % et considère l’embolie pulmonaire comme la cause du décès.

« Dans ce cas, les défauts sont de deux types : l’absence de discussion du diagnostic et le retard important dans le traitement », analyse le journaliste public qui pointe « l’attentisme du service médical interne » de Saint-André. « Elle a été laissée dans le hall pendant plus de dix heures, sans recherche, sans évoquer sa maladie, sans appeler un réanimateur. Elle est morte de ces manquements », raconte Mise Marie-Charlotte Degagny, l’avocate de la veuve et soeur de Fédérica, qui évoque la souffrance du quadragénaire et de ses proches. « Fédérica avait l’impression qu’elle allait mourir. En attendant pendant des heures, simplement avec des injections d’eau iodée, elle a demandé à voir ses enfants pour leur dire au revoir. Son mari a regardé, impuissant, tout ce qui s’est passé. Il a demandé à un médecin-chef, il a même proposé à sa femme de le transporter aux Tripodes, à 3 km de Saint-André. Il a été rejeté. »

La famille demande que le CHU soit condamné à lui verser un peu plus de 400 000 euros. Tout en maintenant la responsabilité de l’hôpital, le journaliste public n’a proposé que 73 000 euros. L’hôpital a plaidé le rejet de la demande, arguant notamment « de nombreuses investigations menées » et « d’un délai de latence de 48 heures, entre l’apparition d’une nouvelle fièvre, le 6 mars, et l’arrivée du patient à l’hôpital ». Le tribunal a réservé sa décision. Il sera renvoyé dans trois semaines.

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