Dans la course au lithium, la France prévoit de construire l’une des plus grandes mines d’Europe d’ici 2027

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Written By Sophie Ledont

Rédactrice passionnée qui a vécu dans plus de 25 pays toujours à la recherche de la dernière information.

Le projet « Emili », annoncé lundi matin par le groupe français de minéraux industriels Imerys, va aider l’Europe à se débarrasser de sa dépendance quasi totale vis-à-vis de la Chine pour le lithium nécessaire aux batteries des voitures électriques, censées être les seuls véhicules neufs qui peuvent être vendus dans l’UE à partir de 2035.

Il aura fallu 18 mois d’investigations et d’études menées par des spécialistes miniers dans le sous-sol d’une carrière de kaolin, détenue depuis 2005 par le groupe à Beauvoir dans l’Allier (centre), pour confirmer l’intérêt économique de la mine. Avec l’exploitation de cet événement, « nous allons aider l’Europe à se décarboner », a déclaré lundi à la presse Alessandro Dazza, directeur général d’Imerys, qui devait recevoir sur place les élus locaux.

« Ce projet, exemplaire sur le plan environnemental et climatique, va réduire drastiquement nos besoins d’importation de lithium », s’est félicité le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire dans le communiqué du groupe. Il ajoute qu’il sera soutenu par le gouvernement français.

Un million de tonnes&#xD ;

Sur les dix projets européens d’extraction de lithium, celui d’Imery est le deuxième depuis l’abandon en janvier du projet de Rio Tinto en Serbie, et derrière le projet de start-up Vulcan en Allemagne, basé sur l’exploitation de la saumure de la vallée du Rhin. .

Les « concentrations et quantités » de lithium étaient jugées « très attractives » à Beauvoir, qui accueille depuis 1850 une carrière produisant 30.000 tonnes de kaolin par an pour la porcelaine ou le carrelage.

Dès les années 1960, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) avait clairement identifié la présence de lithium dans ce sous-sol. Mais Imerys n’était pas au courant du contenu et donc si le site pouvait être rentable jusqu’à récemment.

« Nous estimons le gisement à environ un million de tonnes d’oxyde de lithium », a déclaré Dazza. Soit « bien plus que ne le pensait initialement le BRGM » (320 000 tonnes).

De quoi produire « 34.000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an à partir de 2028 pendant une durée d’au moins 25 ans » et « équiper l’équivalent de 700.000 véhicules électriques en batteries lithium-ion » par an, selon Imerys.

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Ce qui est loin d’être anodin : la production mondiale actuelle de carbonate ou hydroxyde de lithium, les deux éléments utilisés dans les batteries, ne dépasse pas 450 000 tonnes dans le monde, selon Imerys.

Et d’ici 2040, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit qu’il sera multiplié par 40.

A Beauvoir, « il y a peut-être plus que ce qu’on avait estimé, on va continuer les études pour voir si on peut avoir 30 ou 35 ans de fonctionnement », a ajouté M. Dazza.

La concentration est de l’ordre de 0,9 à 1 %, c’est-à-dire qu’il faut extraire près de 100 tonnes de roche pour extraire une tonne de lithium.

Le groupe estime ses coûts de production « entre 7 et 9 euros le kilo hors investissement initial, ce qui garantirait un retour sur investissement intéressant ».

Et il promet, à terme, 1 000 emplois directs et indirects en Auvergne-Rhône-Alpes, sur deux sites : la mine souterraine d’extraction de mica contenant du lithium, entre 75 et 350 mètres de profondeur ; et une usine de purification du minerai et de traitement de l’hydroxyde de lithium à moins de 100 kilomètres de la mine.

Impact environnemental&#xD ;

Reste la probable critique environnementale de ce nouveau projet minier au cœur de la France.

Imerys a annoncé que la mine adopterait une norme internationale en cours de développement, « IRMA », qui vise à réduire les émissions toxiques et à minimiser la consommation d’eau.

L’exploitation minière aura lieu sous terre, ce qui minimisera la poussière, et les pierres seront transportées par pipeline et rail pour éviter les camions entre la mine et la zone industrielle. Quant aux émissions générées par l’opération, le groupe les estime à 8 kg de C02 par tonne de lithium contre 16 à 20 kg en Australie et en Chine, selon lui.