« Digital Decade » : l’Union européenne s’apprête à répondre au GFAM

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Written By Sophie Ledont

Rédactrice passionnée qui a vécu dans plus de 25 pays toujours à la recherche de la dernière information.

Le 9 mars 2021, la Commission européenne a lancé l’ambitieux programme « Digital Decade » pour se hisser au niveau des géants mondiaux du secteur et (re)trouver la souveraineté.

Thème de l’édition 2022 du Forum international de la cybersécurité (FIC) qui se tient du 7 au 9 juin, le programme Décennie numérique promeut des objectifs très ambitieux à atteindre en 8 ans d’ici 2030 : infrastructures numériques sécurisées et pérennes, transformation numérique des entreprises . , numérisation des services publics, compétences numériques. La cybersécurité fait partie des domaines prioritaires avec la volonté d’évoluer vers un environnement numérique sûr et sécurisé.

Mais comment traduire cet objectif en mesures concrètes ? Établir un environnement numérique sécurisé, c’est avoir des experts en cybersécurité ! Actuellement, il y a une importante pénurie de profils dans ce secteur. Pour rattraper ce retard, la Décennie numérique vise à ce que 20 millions de spécialistes soient formés aux métiers de l’informatique d’ici 2030 au niveau de l’UE.

Autre mesure, qui s’inscrit dans la continuité de la Décennie numérique, et qui a débuté il y a cinq ans : la France – à travers l’ANSSI (Agence nationale pour la sécurité des systèmes d’information) – a promu entre autres des règles fortes de cybersécurité. Directive sur la sécurité des réseaux et des systèmes d’information (NIS). L’objectif est d’assurer un niveau de sécurité élevé et commun dans les réseaux et systèmes d’information essentiels de l’Union européenne.

Avec ces deux mesures à titre d’exemple, nous sommes bien conscients de l’importance de mutualiser les ressources et les forces de chaque pays. C’est la ligne que défend la Décennie numérique. Certains pays sont bien sûr en tête : ils tireront les autres jusqu’à la ligne d’arrivée. Nous avons un bon exemple à l’ère du FIC, où les acteurs nationaux et les solutions aux problèmes de cybersécurité.

Nous sommes sur la bonne voie avec le programme Digital Decade, un vrai coup de pouce est lancé et cela va faire boule de neige. A la fois du point de vue de la prise de conscience de devoir élever notre niveau de cybersécurité, mais aussi en raison de la nécessité absolue de réfléchir à ces enjeux au niveau européen. La collaboration et la mise en commun des ressources sont les clés de l’atteinte de nos objectifs.

L’Union européenne contre-attaque avec une série de mesures fortes

La décennie numérique met les Européens en ordre de bataille. Ils sont désormais convaincus qu’il est nécessaire de coopérer et de mettre en commun leurs actions et leurs moyens pour contrer la domination de la Chine et des États-Unis dans l’informatique. Il ne s’agit pas seulement de cybersécurité, il s’agit de protéger et de préserver notre souveraineté. C’est une bataille entre ceux qui dominent, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), et ceux qui souffrent des pratiques de ces derniers, comme l’Union européenne. Ces dernières années, cette bataille s’est progressivement cristallisée dans la protection et l’exploitation des données.

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Les Européens ont donc abordé de front le sujet des données, le RGPD (Règlement général sur la protection des données), une réglementation initialement très critiquée et trop gênante. Pourtant, quatre ans après son entrée en vigueur, la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) a commencé à réduire les sanctions financières pour non-conformité au RGPD en France, obligeant les acteurs européens à s’y conformer. Bien sûr il ne faut pas être naïf, ces réglementations ne suffiront pas à tout résoudre, mais il faut savoir utiliser l’arsenal de réglementations dont on dispose déjà de manière positive !

Les Américains restent très agressifs et protectionnistes, notamment avec le Patriot Act qui favorise leurs grands acteurs américains. La réponse européenne était essentielle pour réguler le marché. L’Europe a récemment gagné du terrain dans cette bataille avec l’introduction de la loi sur les services numériques (DSA), un règlement sur les services numériques pour lutter contre les contenus illégaux et accroître la transparence des services numériques. Dans le même ordre d’idées, le Digital Markets Act (DMA) encadre les places de marché et régule les géants du numérique. Ces mesures visent à rétablir un rapport de force initialement très défavorable aux acteurs français et européens.

Comme on le voit depuis plusieurs mois, notamment avec le conflit en Ukraine, les réponses aux grands défis numériques doivent désormais être européennes et pas seulement nationales. Il nous reste huit ans pour atteindre les objectifs fixés par le plan Décennie numérique. Alors allons-y, continuons cette dynamique, collaborons, donnons-nous les moyens !

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