« J’aime surtout l’esprit convivial » : l’escalade en salle, un sport qui grimpe

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Written By Sophie Ledont

Rédactrice passionnée qui a vécu dans plus de 25 pays toujours à la recherche de la dernière information.

Le bloc est la nouvelle discipline à la mode. Les chambres accueillent les néophytes également avides de convivialité

« L’escalade est au sport ce que le pub irlandais est au bistrot », précise Pascal Blaugy, directeur de la salle d’escalade Climb Up située porte d’Italie (Paris 13e). Suspensions en bambou, assises en bois clair : pub irlandais, cet espace a plus d’ambiance que de couleurs. Perchés sur de hauts murs, les habitués crient « allez-y » ! et « bravo ! » avant de se retrouver dans l’espace bar avec une pinte de bière à la main. Ici, pas de boissons multivitaminées ni de jus détox ni d’écouteurs dans les oreilles des pratiquants comme dans les salles de fitness.

Même ambiance à Strasbourg (Bas-Rhin) dans la salle Roc En Stock de Ghislain Brillet, président de l’Union des salles d’escalade (UDSE). Il y a vingt-cinq ans, ce professionnel ouvrait l’une des premières salles de bloc de France, une discipline pratiquée sans corde ni baudrier sur des murs de 4,50 mètres de haut. « A l’époque, tout le monde me regardait de travers : les guides de haute montagne pensaient qu’on ne pouvait pas grimper en intérieur, les autres disaient que l’escalade n’était pas vraiment un sport », se souvient-il.

Trois millions de pratiquants en France

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Le temps lui a donné raison. Depuis son intégration aux JO de Tokyo en 2021,

la discipline est plus à la mode que jamais, avec 3 millions de personnes fréquentant les salles de sport. En France, il en existe plus de 200, et l’UDSE prévoit d’en ouvrir une vingtaine de plus cette année. Ce printemps, le plus grand ouvrage d’Europe sera inauguré à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), tandis qu’à Troyes (Aube) débute la construction d’un complexe dans une ancienne fourrière.

Le bloc est en carton car il est facile d’accès. Vous n’avez pas besoin d’être accompagné ou de prendre des cours

« Le bloc cartonne car il est facile d’accès, explique Pascal Blaugy. Vous n’avez pas besoin d’être accompagné ou de prendre des cours. Pour s’attaquer à ses premières prises, il suffit de louer des chaussures à semelles souples et de débourser une quinzaine d’euros pour entrer. Ce jeudi soir de vacances de février, la salle parisienne est prise d’assaut dès 18 heures. Un cortège d’enfants défile dans les espaces qui leur sont accessibles à partir de 3 ans. « Les stages juniors sont complets dans toute la France car les parents se rendent compte que l’escalade est aussi naturelle que la marche », explique Ghislain Brillet. Ils nous disent qu’ils nous amènent leurs enfants car ils grimpent partout ! »

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Des « spider-men » en quête de socialisation

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Les adultes, quant à eux, se lancent dans des parcours plus difficiles dans une salle labyrinthique aux murs parsemés de prises multicolores. Ils ont entre 18 et 35 ans, autant de femmes que d’hommes, avec un physique souvent athlétique sculpté sur ces murs artificiels. Leur passion est aussi l’un des sports les plus complets qui existent, favorisant la concentration, la souplesse, la coordination et le renforcement musculaire « des doigts aux orteils ».

Se tailler des muscles d’acier est loin d’être la seule motivation de ces « hommes-araignées » de la nouvelle génération. « J’aime surtout l’esprit convivial un peu hippie », s’enthousiasme Tony, 36 ans. Tout le monde se parle, s’encourage. L’entrepreneur a commencé l’escalade il y a quelques mois après avoir pratiqué le triathlon pendant plusieurs années. Il grimpe maintenant trois fois par semaine.

Il n’y a pas de pression, pas de compétition, nous nous poussons tous les uns les autres

Mélissa, 24 ans, étudiante en kinésithérapie, a été introduite au bloc chez elle à Marseille, dans les Calanques, à la fin du premier confinement, et inscrite en chambre il y a neuf mois. « Ce sport me permet de surmonter mes angoisses », dit-elle. Il n’y a pas de pression, pas de compétition, nous nous poussons tous les uns les autres. Nayanne, 27 ans, pratiquante depuis trois ans, apprécie la mixité des lieux : « En fitness, on retrouve souvent des femmes en cours de cuisses-abdos-fessiers et des hommes en musculation ; en escalade, les deux sexes font les mêmes gestes, font travailler les mêmes muscles. », se réjouit-elle.

Au Climb Up Porte d’Italie, alors qu’une jeune femme avance de grip jaune en grip jaune, un de ses camarades lui conseille de « mettre le pied droit d’abord ». Dans tous les recoins de cet espace haut de plafond, des groupes de grimpeurs se forment, donnent des conseils et des amitiés se nouent. « Vous pouvez venir seul et vous rencontrerez forcément des gens », résume Nayanne. Cette employée du marketing digital a même trouvé son âme sœur lors d’un stage d’escalade. Mieux qu’une application de rencontre, les salles favorisent ainsi la formation des couples. « Au moins ici, on n’a pas besoin de se demander ce que l’autre aime dans la vie », ironise Pascal Blaugy.