Jihad atmosphérique : pour la justice, des crimes sans nom – Talker

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Written By Sophie Ledont

Rédactrice passionnée qui a vécu dans plus de 25 pays toujours à la recherche de la dernière information.

La zone grise entre terrorisme et maladie mentale entretient un flou juridique. De plus, la qualification d’entreprise terroriste individuelle sans préméditation n’est pas prévue par la loi. La justice ne sait comment traiter ce « loup solitaire » qui frappe sur un coup de tête.

Alors que toute l’attention s’est focalisée sur le procès du Bataclan, le récent meurtre par égorgement d’un médecin militaire à Marseille devrait susciter des interrogations sur la menace terroriste endogène et son traitement par la justice. Peu de médias s’y sont intéressés, mais les faits sont pourtant connus : le 10 mai, un médecin militaire de 41 ans, le docteur Alban Gervaise, a été agressé et poignardé au couteau alors qu’il allait chercher ses enfants à école. Il est décédé des suites de ses blessures le 27 mai. Son assassin, d’origine maghrébine, déjà connu de la police mais pas de S, aurait proféré des accusations islamistes en le frappant. Appréhendé grâce au courage de quelques passants, l’homme est poursuivi et incarcéré pour meurtre.

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Fin de l’histoire? Absolument pas; et si ce drame en dit déjà long sur le silence à son encontre de la grande majorité des médias, de la quasi-totalité des politiques et de l’unanimité des leaders d’opinion, il révèle surtout une importante zone d’ombre au confluent inquiétant du terrorisme et des maladies mentales.

Il est bien sûr trop tôt pour tirer des leçons définitives de cette tragédie. Cependant, deux choses sont évidentes : le motif de terreur n’a pas été retenu et l’irresponsabilité criminelle pour maladie mentale sera tôt ou tard mise en cause. Pourtant, c’est à l’intersection de ces deux dimensions que se situe un formidable défi pour les forces de sécurité et la justice.

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Le caractère terroriste d’un crime, difficile à établir

Le caractère terroriste d’un crime, difficile à établir

En ce qui concerne la dimension terroriste, tout acte de cette nature donne nécessairement lieu à une évaluation par le PNAT (Parquet National Antiterroriste) qui déterminera s’il est saisi ou non, avec des conséquences importantes en termes d’accroissement des moyens d’enquête et de durcissement des peines encourues, mais aussi par le renseignement criminel. Le PNAT a ainsi décidé de ne pas aborder le meurtre du Dr Gervaise, ce qui signifie que la dimension terroriste de l’acte « à ce stade » n’est pas établie. Qu’est-ce que cela signifie? Juridiquement, les faits n’apparaissent pas « en relation avec une activité individuelle ou collective qui vise à troubler gravement l’ordre public par la menace ou la terreur ». Cela signifie aussi que rien dans le comportement antérieur du tueur ne permettait d’établir par des indices précis (achat d’une arme, entraînement, séjour suspect à l’étranger, consultation de sites djihadistes) qu’il avait formé de son propre chef un projet terroriste.

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Cependant, sur le plan criminologique, cela signifie aussi que la conception criminelle du djihadisme atmosphérique théorisée par Gilles Kepel reste très incertaine et donne lieu à des références fortuites au PNAT, compte tenu d’éléments contextuels dont la découverte peut ne pas être immédiate. stratégies djihadistes. Par ailleurs, la qualification juridique de l’entreprise terroriste individuelle, créée en 2014 comme nouvelle arme pour appréhender un acte terroriste sans le lien nécessaire avec une organisation, est un outil qui peut convenir au phénomène dit du « loup solitaire ». agit seul, sauf que la loi ne prévoit pas les crimes, mais seulement les délits imputant des actes préparatoires. En termes d’efficacité pénale, par ailleurs, la question se pose de savoir s’il n’est pas préférable de disqualifier des faits initialement poursuivis sous la qualification de terroriste, plutôt que de surqualifier ultérieurement, si toutefois les preuves n’ont pas disparu entre-temps, des faits qui avaient s’est vu refuser à l’origine le caractère terroriste.

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A cet égard, il est utile de revenir sur les raisons qui ont conduit à la création du PNAT, notamment le renforcement de l’efficacité de la lutte contre le terrorisme et la détection en amont du phénomène.

L’abolition du discernement, un échappatoire pénal

L’abolition du discernement, un échappatoire pénal

La combinaison du terrorisme et de la psychiatrie pose un autre défi majeur. Les règles générales de la responsabilité pénale s’appliquent aux affaires de terrorisme, de sorte que si les psychiatres jugent le jugement d’un terroriste altéré ou altéré, il ne peut être condamné que dans certaines limites dans le premier cas… et pas condamné du tout dans le second cas. . Les craintes à cet égard portent moins sur les conditions dans lesquelles la responsabilité pénale est appréciée par les psychiatres que sur le fait que des organisations terroristes puissent inspirer ou utiliser délibérément des malades mentaux, soigneusement endoctrinés et conditionnés à agir. L’affaire Sarah Halimi a déjà malheureusement illustré la difficulté des politiciens et des législateurs à rompre avec les schémas idéologiques, allant jusqu’à rendre une même personne pénalement responsable de la consommation de drogue… et non responsable des actes qu’elle commettrait sous le régime rayonnement. de la substance.

Si donc il y a des cas où l’irresponsabilité pénale est incontournable, le problème se déplace vers la prise en charge psychiatrique de la dangerosité. Mais de ce point de vue le plus grand flou prévaut, basé sur une appréciation purement médicale. Bien sûr, on ne peut reprocher aux médecins de chercher à soigner leurs patients, ni même de les considérer comme guéris par le seul effet des traitements. Néanmoins, l’analyse interdisciplinaire de la dangerosité psychiatrique et criminologique est largement absente dans un domaine qui échappe aussi le plus souvent à toute médiatisation.

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Tous ces enjeux peuvent aussi être appréhendés à travers leurs conséquences du point de vue des victimes. Victimes de criminels, de terroristes, d’irresponsables, la douleur est la même. Mais la question politique de l’appréciation à la hausse ou à la baisse de la menace terroriste, sous ses formes les plus variées, et les conséquences juridiques qui en découlent, nous obligent à être très stricts dans l’appréciation des qualifications terroristes retenues ou non. Il est évident que certaines parties de ce travail peuvent être sujettes à des variations qui dépendent de questions aussi complexes que la politique, la subjectivité et la compréhension détaillée des nouveaux phénomènes auxquels nous devons faire face. La leçon la plus terrible de la mort du docteur Gervaise est de nous renvoyer à cette forme d’inégalité juridique et sociale face au crime.