La suppression des places d’hôtel en hébergement d’urgence met les associations « en alerte maximale »

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Rédactrice passionnée qui a vécu dans plus de 25 pays toujours à la recherche de la dernière information.

13000 places d’hôtel ouvertes en France pour l’hébergement d’urgence durant la crise sanitaire doivent être supprimées avant la fin de l’année 2022 dans le cadre du projet de loi finances 2023. Dans la métropole bordelaise, les demandes de libérer les chambres s’effectuent « dans l’indifférence la plus totale » s’indignent les associations qui viennent en aide aux sans-abri. Elles se disent « en alerte maximale » alors que les sollicitations se multiplient à la sortie de l’été et, quelques semaines après la rentrée, elles recensent déjà de nombreux signalements et demandes concernant notamment des étudiants et des familles d’écoliers sans logement.

« C’est une situation étrange pour moi », a déclaré Miléna* (*pseudonyme), ses yeux marron foncé regardant le sol. Sa petite fille de quelques mois debout est tout sourire. Son fils de 12 ans, au visage fermé, a l’air de quelqu’un qui sait ce qui va se passer dans les jours à venir. Quant à sa fille, 14 ans, elle est à ses activités mercredi après-midi. Son mari, ingénieur, travaille.

« Mon mari a un CDI et je travaille aussi dans la cuisine d’une école », a-t-il poursuivi d’une voix faible en français. Nous pouvons payer un loyer mais pas nos papiers. On peut aussi payer l’hôtel où l’on sera déporté dans quelques jours, mais il est difficile de parler à la personne qui n’est pas raisonnable. Que pouvons-nous faire? On ne demande pas l’amour et on sait même qu’il est normal que les Français arrêtent de nous payer. »

Agé de 35 ans, il a quitté son pays (qu’il ne veut pas dévoiler dans cet article) en décembre 2014 grâce à un visa touristique avec sa femme de 45 ans et leurs enfants. Ils savaient qu’ils n’y retourneraient pas, qu’ils allaient demander une protection politique, sa femme était « recherchée par des bandits parce qu’il les a surpris au téléphone ». Huit mois plus tard, l’asile est refusé. Après deux ans de procédure, l’appel a été rejeté. C’est la scoliose dont souffre le premier-né qui lui permet d’obtenir une carte de séjour « séjour en famille » pour soins. Pour une durée temporaire, ils doivent être renouvelés chaque année.

Les enfants apprennent encore malgré huit années de vie en France où se succèdent persécutions et expulsions. La dernière est la rue Hortense, suivie de l’urgence : un mois dans un hôtel, deux mois dans un autre, et enfin la dernière rive droite depuis mai 2021 où la famille occupe des chambres deux de quelques mètres carrés, « de vrais poêles à l’intérieur ». temps chaud ». Depuis la crise sanitaire, cet hôtel était entièrement réservé à l’hébergement d’urgence.

A quatre dans une chambre d’hôtel

Le résultat est le même pour Olivia*. Agé de 32 ans, ce Géorgien est arrivé en France en 2016 avec sa femme et ses deux filles.

« Le dernier a reçu un diagnostic de leucémie et je suis venu en France pour bien le soigner », a-t-il avoué.

Tous arrivés avec des visas touristiques, ils reçoivent une carte de séjour pour raisons médicales, « résidence privée avec famille ». « Ma fille est décédée en décembre 2019 et nous n’avons pas pu renouveler notre titre de séjour », a-t-il dit calmement en bon français.

« Nous avons passé notre temps à l’hôpital et la résidence voisine a été trouvée par une assistante sociale grâce à la solidarité des médecins. Mon autre fille était à l’école et nous nous sommes relayés Mon mari et moi nous occupons l’un de l’autre. Nous n’avions pas de vie et nous ne nous sommes pas posé la question des papiers. Je savais que j’étais en France conformément à la loi parce que ma fille est décédée.

En 2020, la famille demande un permis de séjour spécial lors de l’arrestation et du problème de santé. Il ne la perçoit pas et voit son aide coupée à la fin de leur titre de séjour. Travailler dans les vignes et dans la maison leur permet de survivre. Avec un fils né à Bordeaux, ils trouvent un logement grâce au 115 en août de la même année : une chambre d’hôtel pour quatre.

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2100€ par mois la chambre d’hôtel

En août, une lettre a été remise en main propre à Olivia lors d’un rendez-vous au CAIO, le centre d’information et d’éducation qu’elle gère aujourd’hui le 115, un service qui vient en aide aux sans-abri, notamment en proposant un logement. En voici une preuve, type exemple :

« Vous êtes hébergé dans l’hôtel conventionné depuis le 08/10/2020. Votre séjour dans l’immeuble, homologué depuis aujourd’hui, n’est plus garanti pour cause d’urgence. Je vous informe donc que vous devez quitter votre hôtel chambre le 14 septembre. Les services de l’Etat vont s’immiscer dans le financement de ce lieu : si vous souhaitez continuer votre être dans la maison après le 14/09/2022, vous serez responsable de payer vos frais. 115 pour un abri. »

« Je ne peux pas me permettre 70 $ par jour ! » Olivia a fait le calcul : « 2 100 € par mois pour une petite chambre à partager à quatre. »

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« Je peux payer le T2 environ 600 €, mais je ne peux pas obtenir de bail sans documents », a-t-il déclaré. J’avais une solution pour le 28 septembre et j’ai demandé à rester à l’hôtel jusqu’à ce jour. Ils ont refusé. »

Cette solution, actuellement en cours, a été mise en place grâce à l’association 100 pour 1 Toit Gironde et la Fondation Abbé Pierre.

Quatre ans à l’hôtel

« Ce ne sont pas des cas isolés » poursuit Anne Marchand de la Fondation Abbé Pierre, « l’hiver n’est pas encore arrivé mais toutes les organisations sont déjà en alerte ».

« Cet été, il y a eu beaucoup d’expulsions. Il y a environ 1 000 personnes dans la ville de Bordeaux dans une année civile. Et ça continuera en octobre avant la trêve hivernale [fin entre le 1er novembre et le 31 mars de l’année suivante quand l’expulsion est arrêtée, NDLR]. Nous sommes confrontés à une situation inédite et sans précédent. À notre discrétion, les familles sur la route viennent directement vers nous. Même les écoles nous appellent pour nous informer des familles d’élèves qui dorment dans la voiture ou dans la rue. »

Parmi les cas évoqués par le directeur du bureau régional figure une femme qui a été forcée de quitter sa chambre d’hôtel où elle vit depuis… le 1er juillet 2018 !

« 365 jours x 4 ans x 70 € la chambre, le logement de cette femme coûte plus de 100 000 €. Assez pour lui acheter un appartement et une maison, Anne Marchand est en colère. Preuve que cette politique n’est pas bonne et qu’il faut la considérer au lieu de mettre les gens à la rue sans solutions. »

L’intention de mettre fin à la mise à disposition de chambres d’hôtel pour les urgences ne surprend pas les organisations. Ce qui est surprenant à propos de ces « tempêtes », c’est qu’elles « n’ont pas été récompensées alors que le mal faisait rage ». « Ce sont des maisons sèches dans les rues », explique Anne Birbis, une bénévole.

13000 places à supprimer

Sollicitée par Rue89 Bordeaux, la Préfecture explique dans un mail :

« Fin 2020, la zone résidentielle au niveau national a atteint un pic significatif de 203 000 places. Oui, plus de 40 000 autres centres ont été ouverts pour faire face au problème de santé. Parallèlement, un effort national a été fait pour permettre l’accès à des logements aux familles sans abri. Logement d’abord est une priorité gouvernementale. C’est pourquoi il est demandé en 2021 de créer une action de soutien à l’accès au logement des familles sans-abri et de réduire progressivement, au fil des années, le parc de logements pour préparer le retour à un niveau d’avant les troubles. . »

Mais il est prévu dans le projet de loi de finances pour 2023 qui a été présenté lundi 26 septembre, que cet effort de réduction porte essentiellement sur les hôtels. Ainsi, selon la Préfecture « passé à 200.000 places en mars 2022 », et la réduction de la répartition est prévue pour la fin de l’année « jusqu’à 10.000 places pour atteindre une répartition de 190.000 places au 31 décembre ».

Ainsi, en Nouvelle-Aquitaine, la capacité de ce parc « doit s’établir à 6001 places (dont 410 places hôtelières) d’ici le 31 décembre 2022 » confirme la Préfecture, « ce qui signifie une tentative de réduction du niveau régional à 99 places par rapport à la fin 2021 (6 100 places dont 449 hôtels) ». En Gironde, « au 31 décembre, l’objectif est fixé à 1.984 places d’habitation, soit une tentative de réduction de 38 places par rapport à fin 2021 ».

Dans le département, « la fermeture concerne 20 hôtels et 18 autres hôtels ont été remplacés par des espaces de concertation dans le cadre de la fondation du premier bâtiment », confirme la collectivité. Il est également ajouté que « les ventes de la Nouvelle-Aquitaine restent à +5,7 % par rapport à la région de décembre 2019 (5675 places avant la crise sanitaire dont 618 hôtels) ». Et d’ajouter : « Personne n’a été laissé sans solution lors de la fermeture des installations. »

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« Les gens ne disparaissent pas quand ils sont expulsés »

« Cette solution revient au même que de proposer aux gens d’appeler le 115, ils ne répondent jamais », a expliqué Anne Birbis, évoquant le courrier régulier reçu par les évictions. Alors que Mélania assure que rien n’a été offert à sa famille. Il a dit que l’obligation de louer son auberge de jeunesse se faisait par un « contrat d’habitation ». Interrogé par Rue89 Bordeaux, il précise que « la durée de maintenance [est] de 15 jours, renouvelée 3 fois, soit 2 mois maximum ».

« Ils ont fixé la date de début de l’hébergement au 3 août 2022, après que nous soyons ici depuis longtemps. La dernière date d’hébergement est pour le 3 octobre et nous devons donc partir aujourd’hui ce lundi. »

« On ne sait pas exactement combien de familles ont reçu l’ordre de quitter les hôtels car elles sont dans une grande frustration », a souligné Anne Marchand.

Parallèlement, le directeur évoque un Fonds d’urgence de 45 000 € qui a été constitué en juillet par son agence, « au vu de l’urgence de la situation de licenciement estival » et a été utilisé par 21 familles, dont 42 enfants. La Fondation Abbé Pierre « a hébergé environ 418 personnes en un an, dont 193 enfants, dont 246 personnes, dont 115 enfants depuis juin, ce qui représente 58% des refuges pour l’année dans notre pays et montre l’augmentation des personnes qui sont faites. aucune famille. »

« Les gens ne disparaissent pas quand ils sont expulsés », a ajouté le directeur. Ils se retrouvent sans abri, sans nourriture ni abri… et à nouveau dans la même misère. »

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