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Le béton se transforme en bois et a une empreinte carbone négative

Le béton se transforme en bois et a une empreinte carbone négative

Le béton de bois, matériau composite formulé à partir de matériaux biosourcés, commence à être utilisé pour la construction de bâtiments publics.

Face à la surconsommation généralisée et aux besoins énergétiques toujours croissants, de nombreuses voix s’élèvent pour appeler à la sobriété. Mot d’ordre des défenseurs de l’environnement depuis plusieurs années, il a aussi imprégné les territoires et les services techniques, comme on l’a vu lors des dernières Rencontres de la transition énergétique. Comment réduire le superflu et optimiser les ressources disponibles ? C’est ce que nous constatons cet été à travers une websérie pour montrer comment la sobriété s’applique aussi à la gestion des déchets, aux services d’eau et d’assainissement, à l’énergie et à la mobilité. Le thème de cette semaine est bâtiment/urbanisme.

Les matériaux biosourcés ont le vent en poupe dans la construction. Les collectivités locales sont de plus en plus séduites par les nouveaux produits lancés sur le marché. Dernière invention en date, le béton de bois est un matériau constitué d’un mélange de copeaux de bois et de ciment de type CEM II. Il permet la construction de murs porteurs et de dalles de construction. CCB Greentech, seule entreprise à proposer cette solution sur le marché en France pour ce type d’application, a livré l’an dernier un établissement recevant du public d’une capacité de 400 personnes près de Toulon (Var). Elle travaille actuellement sur un chantier avec le bailleur social Le Toit Forézien près de Saint-Étienne (Loire). « La construction des éléments est réalisée à l’aide de panneaux préfabriqués jusqu’à 3,40 m de haut sur 6 m de large. Nous fournissons les granulés de bois à nos clients qui s’occupent ensuite de la réalisation. La mise en œuvre sur site est rapide. Il faut 250m2 de panneaux installés par jour pour trois personnes, ce qui permet de construire une maison individuelle en une journée », explique Cédrik Longin, directeur de CCB Greentech.

Analyse du cycle de vie

Un autre avantage du béton de bois est son impact carbone annoncé comme négatif. En réalité, ce dernier bénéficie d’un mode de calcul très favorable aux matériaux biosourcés dans le cadre de la nouvelle réglementation RE2020. « La méthode de calcul de l’analyse du cycle de vie (ACV) a décidé que le CO2 émis ultérieurement était inférieur à celui émis lors de la construction via un jeu de coefficients. Un matériau peu émetteur en cours de construction s’avère donc avantageux par rapport à un autre matériau moins émetteur en fin de vie, ce qui est notamment le cas des matériaux biosourcés », explique Philippe Leonardon, ingénieur à l’Ademe.

Le béton de bois est très biosourcé, ce qui lui confère un avantage par rapport aux autres matériaux dans ce domaine. Ainsi, par rapport au béton de chanvre qui possède pourtant les mêmes propriétés constructives, il est plus bio-sourcé au mètre cube. La proportion de bois est de 60kg/m2 de mur, contre 34kg/m2 de chanvre. Le prix est environ 50 euros moins cher au mètre carré que le béton de chanvre, estime également Jonathan Chemouil, directeur de l’innovation chez Demathieu Bard, très intéressé par ce matériau pour l’entreprise de construction où il travaille. « Outre l’intérêt d’utiliser des matériaux biosourcés dans le cadre de la nouvelle RE2020, le béton de bois permet d’obtenir des éléments préfabriqués plus grands qu’avec le béton de chanvre, ce qui facilite la mise en œuvre sur chantier », ajoute-t-il.

Enquête technique nouvelle

Attention toutefois à ne pas vous laisser trop facilement séduire par les avantages vantés de ce matériau. D’une part, en tant que nouveau matériau de construction, le béton de bois doit faire l’objet d’une évaluation technique expérimentale (Atex) avant d’être utilisé sur un chantier. « Cependant, nous bénéficions d’une nouvelle investigation technique de nos panneaux béton bois avec ossature bois intégrée, qui évite le recours à un Atex », précise Cédrik Longin. Mais surtout, il ne faut pas l’utiliser sous couvert de son bilan carbone généreux, prévient Philippe Leonardon. « Lors d’un choix de construction, il ne faut pas raisonner uniquement en terme de calcul d’ACV, mais s’assurer que le bon matériau, c’est-à-dire le plus performant, soit mis au bon endroit. Ce n’est qu’en respectant ces règles que la pérennité du bâtiment sera assurée », rappelle l’ingénieur.

Pourtant, le marché potentiel du béton de bois n’a pas échappé au géant Lafarge. Ce dernier est entré au capital de CCB Greentech à l’automne 2021. Fort de ses moyens importants, le cimentier offre à cette PME un horizon industriel inattendu. « Cette contribution va nous permettre de développer notre technologie à l’échelle industrielle. Nous serons désormais en mesure de produire le granulat de bois permettant à nos partenaires préfabriqués de produire 1,2 million de m2 par an de murs et planchers en béton bois. On parle de très gros volumes, qui se comptent en milliers de logements », se félicite Cédrik Longin.

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