Le ministre François Braun veut raser l’hôpital

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Cet été, il n’y aura pas de vacances. Pas avant fin septembre. Alain Es-Sebbar a choisi de rester à son poste de secrétaire de la CGT de l’hôpital Pellegrin, l’un des trois établissements qui composent le gigantesque CHU de Bordeaux, devenu célèbre à ses dépens pour avoir dû fermer son service. urgence., faute de personnel pour accueillir les patients.

« Je reste pour m’assurer que les agents peuvent partir. Mon téléphone sonne tout le temps. Il y a même un secteur qui oblige les gens à venir la nuit parce qu’ils ne trouvent pas de remplaçant », souffle le secrétaire CGT. « Depuis le Covid, la fatigue s’est installé. Beaucoup cherchent à partir. Et on les fait travailler encore plus dur cet été ? Nous avons entamé il y a une semaine une grève illimitée « symbolique », qui durera jusqu’à fin août, avec FO et SUD. Il faut trouver un moyen de permettre aux gens d’arrêter parce qu’ils n’en peuvent plus. »

41 propositions et du scepticisme

Comme ses collègues, Alain Es-Sebbar a vu apparaître lundi un nouveau ministre de la Santé. François Braun a remplacé l’éphémère Brigitte Bourguignon dans le gouvernement Borne. Ce médecin urgentiste à la tête de l’éruption du Covid à Metz, alors qu’il était à la tête du centre hospitalier régional depuis quatre ans, comme le précise l’exécutif, également président du Samu – L’association Urgences de France, a démarré fort même avant le début de son mandat.

Vendredi, il a fait entériner par le Premier ministre l’ensemble des 41 propositions faites par la «  mission flash  sur les «  urgences et soins non programmés  » qu’il a lui-même dirigée pendant un mois.

Cet exploit n’excite pourtant ni le syndicaliste bordelais ni ses collègues. « Ses mesures continuent d’être un moyen de diviser les secteurs. Au lieu de créer l’unité, il promet un peu plus aux uns, rien aux autres. Ce n’est pas ce qui va rendre nos métiers attractifs : les gens ne veulent plus venir travailler à l’hôpital. »

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« Avant de vous déplacer, appelez »

A l’heure où les établissements sont défaillants (133 services médicaux d’urgence et d’accueil en difficulté à la mi-juin), François Braun fait François Braun. Pour trouver rapidement des moyens d’assécher les services hospitaliers pendant l’été et ainsi éviter des drames humains, le repère santé du candidat Macron 2022 a relancé les SAS, ces services d’accès aux soins mis en place en 2019 en partie sous son impulsion. désengorger les urgences en dirigeant les patients en amont.

Trois ans plus tard, il s’agit donc toujours de «  réguler les admissions », selon la «  mission flash », en coupant le flux des patients par le «  triage paramédical » à l’entrée des urgences, ou par le «  système systématique réglementation médicale ». préalable », via le standard téléphonique du Samu. Pour ce faire, le nombre d’assistants de régulation médicale est « revalorisé » et donc renforcé pour absorber l’augmentation attendue des appels jusqu’à 15.

Ainsi, seules les « urgences vitales » ont désormais un accès direct aux services, dont les moyens peuvent être mutualisés en un même lieu pour organiser les pénuries. Cette réduction drastique de l’accès des usagers à ces soins de base s’accompagne d’une importante campagne d’information dont le slogan pourrait être «  avant de vous déplacer, appelez  ».

À Lire  Santé : Les urgences de l'hôpital de Bordeaux n'acceptent pas les patients après 17h00.

Une petite augmentation budgétaire tentera de tenir debout le personnel hospitalier (la prime de nuit passe de 1,70 euros/heure à 2,14 euros pour trois mois seulement, à quoi s’ajoute une augmentation de 50% de la garde des médecins). Les médecins libéraux sont choyés : 100 euros bruts de l’heure « hors taxes » pour qu’ils participent à la réglementation ; 15 euros supplémentaires par requête envoyée par le Samu ; sans obligation de soins individuels pour la médecine de ville.

« Un cataclysme s’annonce à la rentrée »

Pour s’imposer à la Santé, François Braun commence par clairement jouer la carte des médecins, dont les organisations patronales réclament majoritairement une régulation des flux en amont, fondée sur une « responsabilité » des Français, dont la propension à opter pour le oui ou le non aux urgences est censé expliquer l’engorgement des services. « S’il s’agit de gérer des pénuries, cette gestion en amont n’a pas de sens. Mais ce système existe déjà à Nérac. L’antenne de Smur y réglemente depuis dix ans les admissions, un médecin au téléphone orientant les patients vers la bonne personne. rappelle le Dr Jean-François Cibien.

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Pour le président d’Action Praticiens Hôpital, « la mission de François Braun est difficile. Je ne suis pas du même bord politique que lui, mais il a ma confiance. On verra vite, du fait des premiers arbitrages avec Matignon et Bercy, si le ministre parvient à faire approuver des mesures qui rendent l’hôpital attractif. Car, vu les vœux de départ, un cataclysme s’annonce à la rentrée. »

Pierre Schwobe craint que les organisations de médecins ne soient induites en erreur. « François Braun organise la réduction de l’offre pour réduire la demande », analyse l’infirmier de l’hôpital Beaujon et membre du Collectif Inter-Urgences. C’est la même perspective, qui prévaut depuis vingt ans et qui a agi sur le nombre de médecins au numerus clausus, qui organise les fusions d’établissements pour réduire les effectifs. En bon Macronien, il est aussi très télémédecin et start-up. Cela ne résout rien : les hôpitaux sont débordés par la demande car ils n’ont plus de lits ni de personnel pour y répondre. »

Preuve de l’accélération de la désagrégation hospitalière, le CHU de Tours demande de l’aide en demandant à ses homologues de lui envoyer des anesthésistes. Sinon, précise le Canard enchaîné, la direction envisage d’envoyer ses patients en neurochirurgie à Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme, distant de 300 kilomètres. Le porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France, Christophe Prudhomme, résume : « Notre système de santé s’effondre et la seule réponse du gouvernement est de valider une interruption du service public en acceptant la fermeture des services d’urgence la nuit. ». »

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