L’incroyable destin de la vigneronne girondine May-Eliane de …

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Written By Sophie Ledont

Rédactrice passionnée qui a vécu dans plus de 25 pays toujours à la recherche de la dernière information.

Tout commence dans le Médoc

A 97 ans et vivant dans sa maison bordelaise, il s’intéresse à tout : l’état de la viticulture, de la ville avec un nouveau maire écologiste, les problèmes politiques. Avec ce désir d’apprendre des autres et de rester actif. « Ne pas être malade mais toujours capable de travailler est un atout. Vous devez remplir votre vie autant que vous le pouvez. Je partage mon temps entre Genève, Bordeaux et l’Afrique du Sud, où j’ai passé vingt ans à diriger Glenelly, une cave qui produit les meilleurs vins du pays. »&#xD ;

Pour ce grand voyageur, tout a commencé dans le Médoc, où la famille Miailhe, à l’apogée de sa puissance, possédait neuf châteaux célèbres. De Siran à Pichon Longueville, de Coufran à Ducru-Beaucaillou, de Citran à Palmer, May-Éliane de Lencquesaing, née en 1925, garde des souvenirs de chacun d’eux. Son père, Édouard, et son oncle Louis sont au travail, et ils ont aussi une cave à vin à gérer. Son frère et sa sœur sont là pour s’amuser avec lui pendant les vendanges. « J’ai connu le Médoc exsangue où il n’y avait pas beaucoup de vieux cépages. Mon père me disait que ces grands châteaux étaient des gouffres à fric. »

Ayant l’occasion de côtoyer longtemps ses grands-parents, la petite fille aux longues nattes se nourrit d’histoires de famille. Même à l’étranger, puisque sa grand-mère maternelle était originaire de Manille, aux Philippines, un pays où il se rend souvent et où il possède encore des biens. Ce sera pour lui une pension à Bordeaux, un baccalauréat de philosophie en 1943 et les émeutes de l’Occupation. « Mes yeux étaient sur le Médoc, je ne savais même pas où se trouvait Saint-Émilion, Barsac ou Bergerac. »

Mode de vie dur : « Le mot d’ordre était ‘économie maximale’. Il fallait se tenir droit et sobre. Il n’y avait pas de café, de chicorée, le sucre était limité : un morceau, il n’y en a pas deux. Et il parle rarement. » Quand Hervé de Lencquesaing, un jeune soldat du Pas-de-Calais, se rend à Château Siran et voit la jeune fille, c’est directement à son père qu’il va la demander en mariage. Elle acceptera sans lui demander son avis. Ils avaient même fixé une date de mariage. Ce sera en 1948 au Pays basque, autre foyer de cette grande famille.

Après les « années médoc » viendront les « années militaires », selon les affectations de son mari. Pas la meilleure de ses pensées. Vagues en série – notamment aux États-Unis -, des amitiés se nouent et se rompent rapidement, un peu de solitude aussi. Parfois, Monsieur se rendait en Algérie et laissait une boîte aux lettres comme seule adresse. La mission était secrète.

C’est alors que la famille se retrouve dans la maison de Quiestède, une petite commune du Pas-de-Calais près de la frontière belge, où Hervé a ses relations. Il y prend sa retraite en 1974. Le Médoc est très loin et May-Éliane s’implique dans la vie du quartier en devenant conseillère municipale. On l’appelle « Mme Hervé » là-bas, et elle sera « Chef » de retour à Pauillac. Références, à la fois, à son mari.&# xD ;

Une troisième vie apparaîtra, en effet la plus puissante : en 1978, il revient prendre la présidence du Château Pichon Longueville. A 53 ans et aujourd’hui grand-mère, elle plonge pour la première fois dans le monde du vin. A la mort de son père en 1959, il y eut une séparation difficile, et le château fut même contrôlé par un huissier de justice. Enfin, à partir de celle-ci, le lot est fait chez le notaire pour différentes propriétés (châteaux, forêts, biens immobiliers, etc.). Viendra ensuite le poêle qui lui donnera ce cru de 1855 classé AOC Pauillac, à l’endroit même où, enfant, il faisait du vélo.

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Le taureau par les cornes

L’envie est là, mais il faut tout apprendre sur le vin. Débuts difficiles. « Lors des réunions entre vignerons, les gens me tournaient le dos. Certains ont cessé de parler en me voyant arriver, même les soi-disant grands noms… La femme n’a pas été prise au sérieux. Beaucoup voulaient que je me batte. J’étais vraiment seul. Il semble que le danger soit toujours là. Dominique Hessel, alors jeune zoologiste, aujourd’hui vigneron à la retraite dans le Libournais, travaillait au château. « Il était perdu et avait besoin d’aide. Il a eu le courage de relever le défi en prenant le taureau par les cornes. Il était à la fois solitaire et difficile à vivre, mais proche du personnel. »

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La propriété (75 hectares de vignes) n’est pas équipée et des années de travaux suivront : chais, bureaux, salles de dégustation et de réception. Le château lui-même, datant de 1850, est en cours de restauration. Le nouveau propriétaire étudie, se plonge dans les livres et demande conseil au zoologiste Émile Peynaud, acteur important à l’époque. La qualité du vin s’est améliorée et les marchands ont recommencé à le vendre. « Ce fut un succès rapide : notre millésime 1978 était à 28 francs la bouteille ; c’était 110 francs en 1985. Plus tard, c’est l’essor de l’œnotourisme et la constitution de la collection de verres – exposée au château – qui deviendra une référence dans le monde professionnel.

Guillaume Bonnaud / « Sud Ouest »

Plusieurs tours du monde

Si le pouvoir perdure, c’est aussi que May-Éliane de Lencquesaing, rapidement veuve, entame une nouvelle tâche de l’époque : promouvoir son vin dans le monde. Comme d’autres pionniers, comme Jean-Michel Cazes, Bruno Prats, Denis Lurton, Antony Perrin, Peter Sichel ou Pierre Tari, il participe à des dégustations dans les plus grandes villes, notamment aux États-Unis, où le pays ouvre à cette époque une cuisine délicieuse. . Vin bordelais. « Les gens sans instruction avaient de l’argent et ils ont construit les meilleurs entrepôts. J’ai perdu toutes les faveurs à Pichon Longueville. »

Des rencontres avec des importateurs, des négociants, des vendeurs de vin et des déjeuners et dîners fréquents, tout cela rend les voyages interminables. L’équivalent de plusieurs tours du monde par an, principalement dans le cadre de l’Union des grands crus de Bordeaux (UGCB), un groupe créé au début des années 1970 et toujours très performant.

Europe, Amérique, continent asiatique, tous les marchés doivent être travaillés en profondeur. Vous devez créer des pages de dégustation et des brochures marketing, mettre tous les supports marketing. Ce sont les documents – et les détails – qu’il a soigneusement conservés. Parallèlement à l’activité commerciale exercée par les entrepreneurs, nous abordons ici la question de la mondialisation et de la professionnalisation dans la croissance des dernières décennies.

Hubert de Boüard, copropriétaire du Château Angelus (Saint-Émilion), a eu l’opportunité de voyager avec La Générale. « Je me souviens de l’avoir raccompagné jusqu’à l’aéroport d’Osaka, au Japon, après avoir dîné avec une quarantaine de personnes. Avec sa valise, je le vois marcher dans les allées et prendre l’avion pour revenir seul. » Il y a une femme qui devait avoir 80 ans à l’époque. Cet homme, expert de plusieurs pays, connaît aussi sa terre à Stellenbosch, près du Cap, en Afrique du Sud. « Il a commencé avec rien, il n’y avait pas de vigne plantée. C’est une femme dévouée, qui a fait preuve d’un grand courage. Il n’était vraiment pas fait pour ça. Il a un fort caractère et sait se montrer généreux envers les autres. »&#xD ;

Vendre, un déchirement

Dans ces décennies de travail, Château Pichon Longueville prend de nouvelles couleurs et touches de crêtes, mais le temps passe et il faut penser à son tour. Les enfants vivent ailleurs, et personne n’envisage de reprendre le flambeau. Le vigneron, vraiment gâté par la copropriété familiale dans laquelle il se trouvait autrefois, n’en veut pas à ses petits-enfants et décide de la vendre. Le groupe Hermès, pour un moment qu’il a prévu, ne le rendra pas. C’est finalement la famille Rouzaud, à la tête du champagne Roederer et de bien d’autres actifs viticoles, qui s’en chargera.

Nous sommes en 2006 et le troisième chapitre de la vie de Médocaine se referme. Elle aura duré vingt-huit ans. Il raconte : « Vendre a été un crève-cœur. Il avait 82 ans à l’époque. Est-il temps de se reposer ? Pas du tout. D’Afrique du Sud. et tout est à faire… Construire un vignoble et des bâtiments techniques, créer des équipes, c’est un nouveau challenge.

Après une vingtaine de récoltes au cours de cette quatrième vie, c’est l’heure d’un autre bilan. « Je ne voudrais pas mourir en Afrique du Sud, mais le temps approche. Vous pensez que les gens nous attendent là-haut ? Il doit y en avoir beaucoup… » Nous partons car la reine doit appeler le directeur technique de Glenelly pour la mise à jour hebdomadaire. Affaibli par des problèmes de dos, il marche difficilement mais l’envie d’avancer est toujours grande. May-Éliane de Lencquesaing aura véritablement accompli sa vie.