L’intelligence artificielle, un levier de rentabilité trop souvent épargné par les startups françaises

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Written By Sophie Ledont

Rédactrice passionnée qui a vécu dans plus de 25 pays toujours à la recherche de la dernière information.

Au premier semestre 2022, les startups françaises ont levé 8,4 milliards d’euros (baromètre EY publié le 17 juillet). C’est nettement mieux qu’au premier semestre 2021 (+63%). Malgré le contexte de plus en plus défavorable (manque de liquidités, nécessité de se concentrer sur certains segments de marché et fonds de capital-risque plus rémunérateurs, etc.), le montant total collecté l’an dernier (11,57 milliards d’euros) sera probablement dépassé cette année. . Cependant, la forte hausse du premier semestre cache des différences importantes : les fonds sont plus sélectifs (par exemple, les plans d’affaires sont plus scrutés), et la liquidité s’est principalement concentrée sur quelques grandes transactions (Qonto dans les services financiers, EcoVadis dans évaluation de la performance RSE ou Exotec en robotique).

Exigence de rentabilité et vague de M&A

Exigence de rentabilité et vague de M&A

Les startups ne rencontrent pas encore de réels problèmes pour lever des fonds. Pourtant, les investisseurs exigent des comptes. C’est une nouveauté. Beaucoup des merveilleux morceaux de la technologie financière française sont sous pression. C’est un secret de polichinelle. Ils ont recruté avec vengeance. Désormais, les investisseurs veulent un retour rapide sur leur investissement. On assiste à un phénomène d’expansion et de contraction, assez typique du monde des start-up. Pendant des années, beaucoup d’entre eux ont dépensé de l’argent sans se soucier de la rentabilité. Le manque de liquidités (résultant de la détérioration économique actuelle et du resserrement monétaire des banques centrales, qui renchérit le prix de l’argent) les oblige à renouer avec des concepts financiers qu’ils jugeaient obsolètes. Il est courant de dire que les investisseurs achètent le futur plutôt que le passé ou le présent pour justifier l’absence d’exigences de rendement et des niveaux de valorisation parfois stratosphériques. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le présent est désormais présent avec acuité dans la mémoire de tous les acteurs de l’écosystème (sous la forme de la crise qui a frappé notre économie).

Nous ne sommes pas encore entrés dans la phase de contraction, qui sera marquée par des licenciements massifs, des gels d’embauches et des baisses d’investissements. Celle-ci pourrait commencer en septembre et, selon la durée de la crise, s’aggraver au début de l’année prochaine. Pour les startups les mieux accompagnées (soit parce qu’elles se sont focalisées assez tôt sur la rentabilité, soit parce qu’elles ont levé assez de cash sans le gaspiller pour traverser la tempête), la période qui s’ouvre est une aubaine. La chute des valeurs (combien y aura-t-il de licornes en France après cette étape ?) va provoquer une énorme vague de fusions-acquisitions (M&A). Le processus a déjà suivi son cours (Qonto a repris le concurrent allemand Penta). Cela a deux avantages majeurs : la consolidation du marché pour atteindre une taille critique (autrement dit la création de valeur) et une restructuration interne, non pas officiellement due à une crise, mais due à un rachat (on réduit les fameux doublons).

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Une mauvaise nouvelle est une bonne nouvelle

Les prochains mois seront difficiles pour le pays nouvellement formé. Mais cette mauvaise nouvelle est en fait une bonne nouvelle. On vous explique. Trop longtemps, les startups ont pensé que la rentabilité n’était qu’une affaire de vieille économie (PME, ETI, etc.). C’était manifestement faux. Une économie à bulles n’est pas saine (à certains égards, une startup nation aussi. Les bulles ont été accentuées par la crise du Covid depuis que les banques ont été contraintes – le terme est choisi volontairement – de distribuer des PGE aux startups dont elles n’ont pas besoin ou n’auront jamais pourrait rembourser). Une fois le processus de nettoyage terminé, nous reviendrons aux bons vieux fondamentaux économiques. Le thème de la rentabilité dominera. Dans le contexte économique et financier actuel, plusieurs solutions s’offrent à la rentabilité : fusions-acquisitions lorsque cela est possible (mais l’intégration de l’entité acquise est souvent complexe et prend généralement plusieurs années), rationalisation des coûts (par exemple, mise en place d’indicateurs de performance pour mesurer la productivité ), en réduisant les gammes de produits les moins rentables (plusieurs grandes entreprises l’ont fait ces derniers mois en raison de la hausse des coûts des intrants) ou en investissant dans de nouvelles technologies pour réduire les coûts et augmenter l’efficacité opérationnelle à long terme.

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L’intelligence artificielle au secours des start-ups

L'intelligence artificielle au secours des start-ups

C’est là qu’intervient l’intelligence artificielle (IA). Environ 80% à 85% des start-up utilisent des logiciels de gestion de données plus ou moins sophistiqués (par exemple dans les processus KYC pour Know Your Client ou dans la lutte contre le blanchiment d’argent pour comparer les données transmises. C’est ce qu’on appelle RegTech, pour technologie réglementaire). Mais seulement 5% utilisent réellement l’apprentissage automatique. C’est très (trop) peu. Il y a tout un monde de possibilités inexploitées à ce stade. Les logiciels de data management ne permettent aujourd’hui pas de cibler précisément les clients potentiels (canal d’acquisition) ni de fidéliser les clients en leur proposant les produits financiers qui leur conviennent le mieux (enrichissement de l’expérience client).

Heureusement, plusieurs sociétés d’IA ont fait d’énormes progrès dans ce domaine. La plateforme Watson d’IBM permet d’analyser les réseaux sociaux d’une startup et de ses concurrents pour créer un ou plusieurs profils standards du client cible (dans de nombreux cas, les startups ne peuvent pas connaître précisément leur client type avec les données dont elles disposent). ). Cela peut aider à identifier les influenceurs qui peuvent être des partenaires dans une campagne de marketing ciblée. Il s’agit d’une application spécifique, par ex. TradeDesk (coté au Nasdaq) et Substrate AI (coté à Madrid) ont développé une approche similaire. TradeDesk analyse plus de 11 millions d’opportunités d’investissements publicitaires afin de déterminer quelle approche sera la plus efficace pour cibler une audience spécifique (ce qui signifie définir exactement quelle est l’audience à l’avance). Substrate AI a développé une technologie d’intelligence artificielle pour cibler les entreprises européennes les plus susceptibles d’utiliser les services de couverture de change (parmi un pool de près de 23 millions d’entreprises).

À court terme, investir dans la technologie, en particulier l’IA, a un coût. Intuitivement, nous avons tendance à différer cet investissement en temps de crise. Pendant que vous faites cela, vos concurrents adopteront sûrement une approche différente qui leur fera finalement gagner des parts de marché. Si vous retardez l’investissement (même en période de maux de tête), cela peut conduire à hypothéquer l’avenir de votre entreprise. Nous savons qu’il est toujours difficile de se rattraper. Il faut voir la crise actuelle comme une opportunité pour prendre les bonnes décisions technologiques (examiner la faisabilité d’une approche basée sur l’IA), rationaliser nos coûts et aussi renouer avec l’essence du capitalisme qu’est la rentabilité (ce n’est pas un gros mot, c’est est nécessaire pour créer de la valeur, la partager et la redistribuer !). Cela permettra de repartir sur des bases plus saines, notamment dans l’écosystème des startups françaises.

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