Pierre Moscovici est-il un « bâtard » ?

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Written By Sophie Ledont

Rédactrice passionnée qui a vécu dans plus de 25 pays toujours à la recherche de la dernière information.

L’injure au ministre relève de l’article 433-5 du code pénal qui définit le délit d’outrage à agent public en France. Le vocabulaire utilisé par François Delapierre dans son discours au Congrès de La Gauche en 2013 fait donc peser un grave risque juridique que le secrétaire national de ce dispensaire politique d’extrémistes sanguinaires devrait limiter au maximum pour le bien de sa cause. Voici quelques consignes, comme on dit « dans le langage de la finance internationale », pour éviter de tomber sous le coup de la loi lorsque vous exprimez une saine colère contre un représentant de l’État français jouant le jeu des élites mondialisées.

Ne dites pas « salopard », mais racontez sa vie politique qui est déjà en soi assez misérable.

Issu d’une famille communiste, il a d’abord été actif au sein de la LCR, qu’il a quittée à la fin de ses études à l’ÉNA (promotion de Louise Michel, 1982-1984, libérée à la Cour des comptes). Sur les conseils du professeur Dominique Strauss-Kahn, il rejoint ensuite le Parti socialiste. En 1986, il fait partie du « groupe d’experts » fondé par Claude Allègre. J’apporterais une connaissance approfondie de Karl Marx et une volonté d’ancrer le parti plus à gauche…

Conseiller technique au cabinet du ministre de l’Education nationale Lionel Jospin en 1988, devenu en 1990 le plus jeune secrétaire du PS, s’est écrasé en 1993 alors qu’il tentait de gagner la circonscription du Doubs, dans un geste historique complet pour le parti socialiste. De 1993 à 1994, il a été trésorier du PS, en 1994, il a été élu membre du Parlement européen. En 1997, il est finalement élu député dans le Doubs (4e arrondissement, Sochaux, où sont implantées les usines Peugeot), mais il n’est pas député à l’Assemblée nationale, il est nommé ministre, délégué aux affaires européennes, poste qu’il tenu pendant 5 ans.

Parce que l’exercice du pouvoir ne leur profitait pas le plus, les socialistes sont partis en 2002 comme ils l’ont fait en 1993 : pour Moscou, c’est Bérézina à Montbéliard aux municipales puis aux législatives. Et encore une fois, en 2004, les élections européennes permettent à Pierre Moscovici de se remettre de ses déboires et de revenir de son périple dans le désert. De plus, l’orphelin de Jospinie est qu’il s’est ensuite définitivement associé à Dominique Strauss-Kahn, qui le soutiendra à nouveau en 2006 lors des primaires pour l’élection présidentielle de 2007.

« L’exercice du pouvoir n’est pas dans leur intérêt, alors les socialistes sont partis en 2002 comme ils l’ont fait en 1993 : pour Moscou, c’était Bérézina à Montbéliard aux municipales puis aux législatives. »

En 2007, il retrouve son siège à l’Assemblée nationale française. En 2008, il tente d’écrire une pièce intitulée Besoin de gauche avec Arnaud Montebourg. Dans ce O.K. quelque peu naïf. il compte sur le soutien de Martina Aubry, qui finit par se lancer seule. Se sentant trahi, il rassemble Bertrand Delanoë, qui recule de peur de subir un résultat lamentable.

De 2008 à 2011, Pierre Moscovici semble tiraillé entre vouloir y aller lui-même à l’âge adulte, et affronter les candidats annoncés pour la cinquième fois. Il a structuré son courant Need for the left, l’a développé en ligne, a écrit un livre sur 2012, a mené une campagne pré-électorale. Mais parce qu’il n’a pas les couilles de François Hollande, parti seul six mois à l’avance, alors que personne ne croyait en lui, Moscovici soutient Dominique Strauss-Kahn. On sait ce qui s’est passé ensuite : à la mi-mai 2011, DSK a été accusé d’être un domestique à New York, et neuf ans après 2002, Moscovici s’est retrouvé orphelin.

Après avoir envisagé de prendre la selle pendant un certain temps, Moscovici a été l’un des premiers Strauss-Kahnien à s’installer en Hollande en juin. Les hommes se connaissent depuis longtemps. En 1991, ils publient conjointement L’Heure des choix, un essai attaquant la politique de Pierre Bérégovoy. En 2008, ils étaient tous les deux avec Bertrand Delanoë. Depuis les primaires de 2011, Pierre Moscovici s’est donc imposé comme le « coordinateur » de la campagne de François Hollande, puis, lorsque ce dernier a été désigné candidat, en novembre 2011, le directeur de campagne pour les élections présidentielles.

Pour 2012, Moscovici est le gardien tandis que Manuel Valls verrouille la communication et distrait tout le monde en isolant le candidat. Pierre imaginait probablement que cette loyauté discrète et cette efficacité lui assureraient Matignon, ou Secrétariat général de la Cour de l’Elysée. Il a reçu le Bercy en mai 2012 comme prix de consolation.

A Bercy, Mosco a une armée de ministres sous son aile. Et c’est dans sa maison que les problèmes commencent. En août 2012, Pierre Moscovici a choisi la Banque Lazard pour une mission de conseil en vue de la constitution d’une Banque Publique d’Investissement. A droite, on en profite pour escalader l’affaire de manière totalement hypocrite, pointant du doigt les rapprochements entre Matthieu Pigasse et Arnaud Montebourg. Le premier, le président de Lazard France, a recruté pour diriger les Inrocks, le livre publicitaire offert par lui-même, Audrey Pulvar, la compagne d’Arnaud Montebourg depuis 2010, dont elle s’était effectivement séparée quelques semaines plus tôt. Pour couvrir, Montebourg a publiquement regretté la décision, allant jusqu’à promettre de ne jamais appeler Lazard sur une reprise productive, laissant Moscovici défendre sa décision initiale.

Alors bien sûr le problème c’est Cahuzac. En mai dernier, Cahu et Mosco se sont lancés l’arme à la main dans une chasse grotesque aux milliards. Chaque mois, ils annoncent soit une nouvelle taxe, soit de nouvelles idées de réductions. C’est une question d’honneur. Un ancien trocho qui est passé par la moulinette technocratique et par 10 humiliations consécutives dans sa carrière politique, qui veut montrer aux élites françaises et internationales qu’IL peut le faire. 30 ans au cours desquels aucun gouvernement n’a réussi à créer d’importantes économies, mais les socialistes prouveront qu’ils ont le courage que même Sarkozy n’a jamais eu. Malheureusement, un drame survient et Cahuzac est victime d’un accident de voiture en Suisse. Mosco est laissé seul, comme Kate Winslet à la fin du Titanic, sur la proue du navire Bercy.

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Ne dites pas « salopard », mais « opportuniste ».

« Opportuniste » a un net avantage sur « bâtard » car ce n’est pas un mot d’argot, ce qui rendra l’invective plus difficile à trouver dans l’outrage au tribunal. Et toute la carrière de Pierre Moscovici, vous l’aurez compris, se résume à cette qualité première. L’homme en a d’autres. Il y a un peu d’idéalisme juvénile chez quelqu’un qui a été actif dans la LCR parce qu’il trouvait le PS trop « opportuniste ». Mais l’opportunisme est un vice qui ne vous quitte plus une fois que vous y avez succombé. C’est comme une cascade, dès la première sortie toutes les éditions successives se succèdent. Lorsque Mosco se retrouve dans un dilemme entre idéalisme et opportunisme, il n’hésite pas longtemps et se rassemble toujours à la position où il sent le plus grand potentiel. En surface, il a toujours cultivé des références plus à gauche que ses camarades, mais au fond il est le premier à souscrire à la vision managériale de Jospin et au vide interstellaire du culte Strauss-Kahn.

« C’est comme une cascade, dès le premier abandon toutes les éditions successives coulent. »

Ne dites pas « salopard », mais « loser » qui retombe toujours sur ses pattes.

La politique est un métier difficile où l’on fait face à de nombreux échecs. On ne peut pas blâmer les Moscovites pour leur propre peuple, mais leur succession brosse un tableau tellement scandaleux de ce qu’est devenu le Parti socialiste, qu’il est fondamentalement une machine à abattre les technocrates ambitieux ou les « fils de gauche politisés ». Il y a probablement des dizaines de jeunes cadres du PS qui s’ébrouaient en 1993 et ​​2002, qui envisageaient vaguement une carrière dans l’appareil, et qui languissent aujourd’hui dans l’anonymat. Moscovici a le droit de se tromper 10 fois. Quoi qu’il en soit, il en a fait UN. Un facteur d’acceptation suffisant est l’accès à l’élite politique et économique en France et elle s’accroche comme une huître à son rocher.

Ne dites pas « salopard », mais homme d’appareil.

Parfois Moscovici tente de cultiver une légende selon laquelle, comme François Hollande en Corrèze, il représenterait un ancrage électoral dans la France profonde, malgré son profil technocratique, avec sa circonscription du Doubs. Mais Mosco sait que c’est une légende et admet volontiers qu’il est un pur caméraman, comme dans ces propos recueillis en 2008 : « Ils essaient de me présenter comme un intellectuel aristocratique, ce n’est pas mon cas. Je suis le plus ancien membre du Secrétariat d’Etat du PS, où je siège depuis 1990. J’étais le trésorier du parti, ce qui veut dire quelque chose. »

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Ne dites pas « salopard », mais couille molle.

Et Moscovici est comme tous les apparatchiks du PS depuis 2011 : pendant 20 ans, il a caressé l’idée que ce pourrait être lui, mais en fait aujourd’hui, il est obligé d’admettre qu’il n’est qu’un gros boulet mou. C’est peut-être insultant, mais il faut pouvoir appeler un chat un chat. Combien d’éléphants du PS ont lentement mais sûrement, pierre par pierre, frayé la voie à leurs propres ambitions personnelles, méprisé les autres dirigeants du parti et se sont convaincus année après année en regardant François Hollande et en se disant : « Ah ! Flanby ! Au moins, il n’y arrivera jamais ! ? Tout le monde et sans aucun doute Holland lui-même. Mais à la fin, Flanby a eu la chance et les cojones dont il avait besoin pour commencer malgré le ridicule, tandis que Moscovici a dû admettre qu’à chaque fois dans sa vie, il devenait incontrôlable parce que cela prenait un risque sérieux – un risque que vous extrême gauche et ne gouvernez jamais, risquez de défier les illusions de Jospin et de Strauss-Kahn, risquez de vous lancer. Un proche disait de lui en 2012 : « Mosco, c’est un peu comme Villepin, il a peur de tout foirer. »

« Mosco, c’est un peu comme Villepin, il a peur de foirer. »

Ne dites pas « salopard », mais fanatique aveugle de l’Europe.

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Le terme « bâtard » utilisé par François Delapierre était en fait spécifiquement compris pour désigner les fonctionnaires européens qui s’amusent à expérimenter des innovations financières sur le peuple de Chypre, comme le bon Dr. Un Frankenstein de construction européenne. Nous jugerons cette affaire compliquée de Chypre lorsqu’elle sera résolue. Mais la métaphore « Dirty 12 » est plutôt bien faite. Les ministres des Finances de l’Eurogroupe sont en effet des fanatiques d’une mission suicide derrière les lignes ennemies. Ils tentent tout pour tout.

« Le terme ‘bâtard’ utilisé par François Delapierre était en fait spécifiquement compris pour désigner les responsables européens qui s’amusent à expérimenter des innovations financières sur le peuple chypriote, comme le bon Dr. Un Frankenstein de construction européenne – et oui, vous pourriez faire bien pire que « Bastards ». »

Dans la carrière de Moscovicius, l’Europe a fait plus que la France : ministre des Affaires européennes, double député européen, vice-président du Parlement, tout obstacle au projet libéral orthodoxe, mis en œuvre depuis 1992 sous influence allemande, est conçu comme un acte de terrorisme inacceptable. Pour ceux qui n’ont pas voté au référendum de 2005, il dit que Docteur Folamour est « un choc nucléaire suivi d’un hiver où l’herbe ne pousse pas tout de suite ». Moscovici est donc l’un des concepteurs de la stratégie qui a plongé l’Europe dans deux décennies de crise : entre 1997 et 2002, il a mené des négociations pour l’élargissement express de l’Union aux pays européens d’Europe centrale et orientale ; De cet élargissement, qui doublera le nombre d’Etats membres, naîtront des blocages institutionnels qui empêchent aujourd’hui la réalisation d’un véritable consensus de valeurs et d’intérêts, et qui depuis ont clairement favorisé la vision technocratique promue par l’Allemagne et ses vassaux.

Ne dites pas « salopard », mais technocrate condescendant.

Lors de la campagne de 2012, Moscovici a voulu réfuter les critiques de cet européisme aveugle. Il a déclaré: « J’ai consacré treize ans de ma vie à l’Europe, j’ai été vice-président du Parlement européen, ministre des affaires européennes, j’ai été l’un des rédacteurs de la constitution européenne, j’ai voté pour tous les traités européens. Mais pour la première fois de ma vie, si je me retrouvais par malheur demain dans l’opposition, je voterais contre le plan d’austérité européen. En revanche, une fois au gouvernement, a-t-il mis fin à la posture ?

Ne dites pas « salopard », mais faux cool.

Ce qui est le plus consternant dans cette vision technocratique, ce n’est pas tant son idéologie européiste que son mépris du peuple. Lorsque vous expliquez ensuite au technocrate condescendant qu’il est en fait un boucher, il vous dit que vous ne comprenez pas la complexité des compromis impliqués et qu’il est complètement insensible aux excès de ses actions. Imaginez cependant ces 17 ministres et leurs conseillers débarquant à Bruxelles en avion ou en première classe, dormant dans des palaces, se retrouvant dans ces salles de réunion modernes et impersonnelles avec plein de personnel à leur insu et de petits fours à volonté, et décidant, lui-même, de demander le pays à fermer toutes ses banques et à empêcher tout retrait pendant plusieurs jours, une sorte de quarantaine financière pour éviter les paniques bancaires. Je sais que Chypre ressemble à un pet en Méditerranée sur la carte du monde, mais quand même, 1 million d’habitants, sur 10 000 km2, c’est un peu moins que la population et la superficie de la Gironde. Pensez-vous que vous pourriez faire la même chose à Bordeaux ?

La muscovite est également touchée par le syndrome de Matthieu Pigasse. C’est un peu Gilles de la Tourette, mais au lieu d’insulter intempestivement comme François Delapierre, Moscovici essaie d’avoir l’air cool pour rattraper le technocrate condescendant. Comme il reste un technocrate bourgeois et condescendant, l’effort constant pour paraître cool et accessible ne lui donne que l’image d’un « intellectuel aristocratique ». Il veut fendre l’armure, se dévoile… et prend pour modèle Charles Swann, compagnon de la Quête du temps perdu. Longtemps célibataire, on le disait dandy. Il faut vraiment que quelqu’un explique aux pauvres victimes du syndrome de Matthieu Pigasse que mettre l’image de quelqu’un de sympathique et branché dans les médias ne change rien au fait qu’en coulisses nous sommes impliqués dans l’écrasement de la Grèce, de Chypre et d’autres nations. d’Europe.

Ne dites pas « salopard » sans vous préparer à vous faire godwiner.

« Moscou est aussi touché par le syndrome de Matthieu Pigasse. C’est un peu Gilles de la Tourette, mais au lieu d’insulter intempestivement comme François Delapierre, Moscovici essaie d’avoir l’air cool pour rattraper le technocrate condescendant. »

François Delapierre, atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, n’a donc malheureusement pas pu s’empêcher d’insulter Moscovici. L’accusation d’antisémitisme – qui frappe aussi bien Delapierre que Mélenchon parce qu’il « ne pense pas en français, mais dans le langage de la finance internationale » – était pourtant prévisible, analysée par un chroniqueur de 42mag.fr le 20 mars. . Cette publicité mensongère a été rapidement démentie par Stéphane Alliès de Mediapart et le Huffington Post qui, pour le coup, se montre utile pour montrer les subtiles imprécisions des messages de l’AFP. C’est pourquoi on peut enfin dire qu’il y en a au moins un qui pourrait être qualifié de bâtard, sous son visage d’homme à l’appareil sans charisme : Harlem « Shake » Désir, à l’origine du contrecoup contre Die Linke. Personne n’est obligé de garder Méluche dans son cœur. Mais quel genre de stratégie de merde le PS nous offre-t-il pour disqualifier les critiques de sa politique en écrasant le point de vue de Godwin à chaque occasion ? Quel vide de programmation vit à Solférino pour n’avoir que les heures les plus sombres de notre histoire comme argument contre d’anciens alliés ?

Ne dites pas « salopard », mais « collabo ».

Expliquons franchement ce que signifie « penser dans le langage de la finance internationale » : c’est une manière de penser que toutes les concessions, les pires solutions, les représailles les plus acharnées et les plus outrageantes valent mieux que le simple défaut. longue. Mieux vaut saigner les gens à mort que tromper les créanciers internationaux. Pourquoi? Un technocrate européen condescendant dira qu’en remettant en cause le caractère sacré de la dette, nous ouvrons la boîte de Pandore et risquons une épidémie de défauts de paiement. Chaos financier complet où tout le monde sera perdant. En réalité, l’argument est superficiel : les solutions d’austérité sans fin détruisent les peuples et préservent la richesse des puissants.

La question de trouver le mot juste pour décrire Pierre Moscovici n’est pas nouvelle. Ce « petit citoyen » qui ne fait qu’appliquer des politiques imposées par une oligarchie mérite-t-il autant d’attention ? Selon Moscovici, cette attaque, qui vise à le réduire à un paysan du pouvoir de l’argent, s’inscrit dans une théorie du complot, la « synarchie », comme il le dit dans son langage d’un intellectuel aristocratique qui pense « dans le langage de la finance internationale ». Le processus qui conduit Moscou à ne servir que les intérêts des riches est une matrice sociale complexe composée des structures de la noblesse d’État française, de l’idéalisme désabusé, de l’opportunisme et des déceptions carriéristes de l’homme, de l’illusion européiste des années 1990, des réseaux humains comme le Cercle de l’Industrie, dont Moscovici est membre, où ils marmonnent certaines idées, de pures idéologies, sur le manque de compétitivité de la France, sur la décennie de croissance zéro qui s’ouvrirait, etc.