Portrait Inajeen, grand départ en vue sur un Lagoon 42 pour un couple en quête d’aventure mesurée

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Written By Sophie Ledont

Rédactrice passionnée qui a vécu dans plus de 25 pays toujours à la recherche de la dernière information.

C’est un cliché de dire que les anciens bretons, avec rozell et du bilig, étaient attirés par le varech et les huiles jaunes pour rejoindre la terre. Entre les galets de Douarnenez et les galets de Paris, pourtant, il y a bien de l’histoire que Ben – 59 ans – et Françoise – 58 ans – sont sur le point de survivre. Tous deux ont atteint l’âge canonique, contrairement au moins à l’âge canonique, pour donner à la vie un doigt d’honneur. Voici un déclic, il a traversé la maladie. « Il n’y a pas de temps à perdre quand on est malade, il faut agir et agir vite ». La vie est une maladie mortelle, c’était rapide, mais bon – c’est-à-dire dès que les choses allaient aussi bien que possible – le couple réformé a décidé d’arrêter. Pour jeter ses landes.

Ben et Françoise ont toujours pris le risque de faire avancer les choses. Investissant leurs économies au fur et à mesure de leur accumulation dans des achats immobiliers qu’ils ont mis en location (après avoir tout répété eux-mêmes, leurs marins l’ignoraient déjà) et dont ils ont choisi, tranquillement, mais sûrement, les résultats chaque mois.

Les deux couples d’enfants (Ben et Françoise en couple remarié) sont désormais autonomes, grands et indépendants. « Et émouvant… » dit Françoise.

La faute aux vidéos sur Internet

Encore faut-il une étincelle pour en faire un feu d’artifice. Autrefois (celui qui précédait masques, gel hydrolytique, accouchement et autres conforts covid), Françoise jouait au golf. Soudain, du jour au lendemain, sans autres interactions sociales, le contact a été perdu et peu de contacts amicaux. De retour à la normalité quotidienne, le jeune capitaine retrouve ses amis.

Tous ensemble, ils parlent. L’une d’elles raconte, avec une grande fierté : « J’ai passé mon accouchement à voyager ». Des rires éclatent devant le canapé de Catherine la voyageuse. « Comment ? Avez-vous voyagé pendant l’accouchement ? ». « Oui » dit-elle « J’ai passé mon temps à suivre les aventures en mer des autres, qui vivent dans des bateaux, toute l’année, partout dans le monde. J’ai fait mon tour du monde, mon aventure, remplaçante ! »

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Le virus était bel et bien là

Le virus était bel et bien là

Anciens propriétaires de plusieurs bateaux (semi-rigide sur mesure, Merry Fisher 805, catamaran à moteur…) Ben et Françoise se rendent compte que le destin les regarde droit dans les yeux. Nés de leur propre rêve, ils ne le vivraient pas à travers un écran interposé, mais avec beaucoup d’embruns et de vagues, sur l’eau.

Mais, du coup, ils ont voulu vivre ce rêve dans le confort et les habitudes. Leur première intention était d’aller acheter un bateau en Thaïlande, car ils aiment le pays. Les obligations du Covid, l’accumulation des procédures (quarantaine, limitation des déplacements, etc.) vont tirer le meilleur parti de ce projet, ils devraient trouver une coque sur leurs pieds en France métropolitaine.

Ils se sont donné un an pour se préparer à partir. Tout vendre jusqu’à la dernière cuillère à café, ne garder que le minimum (fleur de sel et salidou compris), les aventuriers du futur ont relevé le défi. Transférer leur bien immobilier à une société, transférer la société à une de leurs filles pour créer un matelas de survie. Le médical, le matelotage et les autres nécessités en mer se passaient bien, sauf qu’il manquait l’essentiel… le bateau !

Un Lagoon 42 trouvé sur LeBonCoin

Un Lagoon 42 trouvé sur LeBonCoin

D’abord attirés par les bateaux neufs, ils découvrent que les chantiers n’étaient que standards et qu’ils ne pouvaient pas fabriquer des bateaux qui pourraient convenir à leurs besoins. Avant tout, Ben et Françoise recherchent un « bateau ergonomique et confortable. Il faut qu’il ait de grandes diagonales à l’arrière pour se lever facilement du bateau. On veut pouvoir rester debout et se sentir en sécurité, à l’aise et confortable. Réconfortant les habitudes de vie Sachant que ces habitudes allaient évoluer avec le temps et avec l’habitude, ils ont automatiquement tiré un trait sous les monocoques.

C’est sur un tel site de classement qu’ils ont découvert le Lagoon 42 42 de 2017 qu’ils ont déboursé 430 000 €, à Port Leucate. Pas un ou deux, d’affilée ils sont allés à la rencontre du bateau et de son propriétaire « pour voir la bête ». Ben explique : « Je voulais minimiser la quantité de choses à faire exploser, car les choses allaient exploser. » Ce bateau leur paraissait sain. Aucune expertise « de toute façon, elle n’emploie aucune expertise » selon Françoise.

« Ce bateau » explique Benoît « répondait à tous les critères que nous nous étions fixés. D’abord le budget. Ensuite le confort, l’état et l’aménagement intérieur ». Une fois le bateau acheté, Françoise démonte la cuisine et enlève le réfrigérateur spécial bateau pour remplacer un réfrigérateur acheté dans un magasin d’électroménager « Au moins s’il tombe en panne, ce sera plus facile à remplacer ». Deuxième aménagement pour le chef « pour trouver une place pour la cale, vitale à bord ».

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Les premiers travaux

Les premiers travaux

Benoît en mécanique, Françoise en agencement. Les rôles sont souvent renversés par le désir ou la force des choses.

Découverte des premières surprises

Découverte des premières surprises

En effet, le parc de batteries, que le propriétaire avait précédemment déclaré « sans entretien », n’est plus entretenu depuis un certain temps. « Assez longtemps de toute façon pour qu’il faille le remplacer complètement », explique Françoise. Elle a cette incroyable capacité à mettre du positif dans tout « Au moins on a pu réorganiser le parc et les supports, maintenant on a plus de choses à notre image et on sait comment c’est fait ».

Leçon apprise, « répéter c’est apprendre ! »

Transformation en cours

Actuellement, Ben et Françoise sont toujours à Port Leucate « Parce que les artisans sont et prennent du temps, quoi qu’on leur demande » grogne, exprime son pardon, l’obstinée Britannique. Mais ils font aussi les choses eux-mêmes. Avec un objectif clair à l’esprit « toujours faciliter la vie et se concentrer sur la sécurité ».

Par exemple, le toit du coach a été recouvert de panneaux solaires, très pratique en navigation de jour et par beau temps. « Sauf en plein océan, en pleine nuit quand il faut prendre des récifs, on n’a pas envie de se casser la gueule juste parce qu’il y a des câbles électriques partout sur le pont » explique le chargeur. Alors ils sont tombés de ces panneaux solaires. « Nous avons acheté Barra Bar et c’est là qu’ils seront mis. En sécurité. »

Pas une aventure télécommandée

Poursuite des opérations qu’ils effectuent individuellement, mise en place de l’informatique. « Ici aussi, nous voulons nous approprier la façon dont les choses sont fabriquées et installées, afin de ne dépendre de personne lorsque nous sommes loin. » C’est aussi pourquoi ils n’appelleront pas de routeur  » L’aventure, pour nous, c’est d’apprendre en faisant, de tester des choses et de se confronter à nos choix. Le bateau que nous avons choisi est sûr et nous ne le prendrons pas. Des risques excessifs . Nous ne nous concentrons que sur l’indépendance qui nous apportera la tranquillité d’esprit. Nous refusons de nous sentir sur un bateau télécommandé.

Pour ce qui est des contacts avec le monde, Iridium est « la norme, elle ne coûte qu’un petit budget et servira à tout. Rassurer la famille, se renseigner sur les chances des petits enfants – espoir pour Françoise – ou commande de pizza). La communication est partout et – presque – tout le temps aujourd’hui, c’est une possibilité dont il faut s’en passer. On vise la sécurité avant tout, c’est le plus important, pire que de devoir s’arrêter parce qu’on a peur », explique Françoise.

D’abord, la Méditerranée, puis les Amériques et après l’Amérique ….

D’ailleurs, arrêter quoi, exactement ? « Vraiment… On ne sait pas jusqu’où on veut aller, jusqu’où. C’est un début précoce. En ce moment, entre fin mai 2022 et l’été, autant de manches que possible dans le début de l’année scolaire, en septembre, après un séjour administratif en terres celtiques, nous nous rendrons à Gibraltar à Madère puis au Cap-Vert en Amérique entre décembre et janvier de cette année, afin qu’avec la famille réunie pour les fêtes de fin d’année. »

Pour le reste… « Panama, Polynésie, Thaïlande, Mer de Chine… Tout est ouvert et rien n’est obligatoire. Les horaires, les saisons, la météo et les aspirations prévaudront. Nous pourrons rester au même endroit pendant un an comme une heure », raconte Benoît.

Baptême du bateau en vue

Si tout se passe bien – il n’y a pas de raison – le chantier se terminera en milieu de semaine 12. « Il n’y a pas le choix, car le baptême, le vrai, notre bateau, est prévu à Port Leucate avec nos enfants et amis le week-end suivant, donc la plupart de ces travaux sont actuellement effectués par le traiteur et les chaises où sont assis tout ce petit monde », explique Françoise.

Cependant, elle n’a pas perdu de vue l’aspect colossal du projet. Extension, vérification de tous les aménagements, test des équipements de sécurité, réactivité, gestion des étanchéités… Tout cela est dans un grand coin de la tête de ces aventuriers en construction.

Et nous serons heureux de les suivre, le plus souvent possible, dans leur aventure, tant humaine que marine, qui sera faite d’immenses moments de joie et de toutes petites parts de tristesse. En retour!

A bord, pour la première grande traversée de l’Atlantique, Benoit et Françoise partent avec un ami qui rêve d’un tel transit pour ne jamais être sur un bateau. Non seulement il sera un équipier de quart utile, mais surtout, pour le couple, l’expression de leur envie de partage et de découverte commune.

Un mot conclut cette première discussion de Françoise : Aventure.