Rupture brutale des relations commerciales : que faire ? – Droit des affaires > Réglementation

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Avec la crise que nous traversons, votre entreprise peut vouloir résilier prématurément certains de ses contrats. Ou qu’il a été victime d’une rupture commerciale inattendue. La situation n’est pas facile à comprendre. D’autant que, comme le souligne Camille Gibert, avocat au Barreau de Paris et Senior Manager chez CastaldiPartners, « la rupture d’une relation commerciale, autre que l’inexécution du contractant ou dans les cas prévus par la loi, n’est pas codifiée ».

La question du préavis

Par conséquent, l’analyse doit être effectuée sur la base de la jurisprudence. Ainsi, il est supposé que lorsque vous souhaitez mettre fin à une relation commerciale sans blâmer votre conjoint pour inexécution/faute contractuelle, vous devez en aviser votre conjoint par écrit en précisant le délai de préavis donné. « Assez pour ne pas assumer la responsabilité de la rupture brutale des relations commerciales », a ajouté Camille Gibert.

A condition toutefois qu’un préavis suffisant soit donné. « C’est d’usage, mais tout reste soumis à une analyse détaillée du dossier, dire qu’on compte un mois de préavis par an de relations commerciales ; ce qui n’est pas facile à mettre en place quand une relation dure depuis des décennies », explique Camille Gibert. Cependant, le partenaire a jugé que la notification était insuffisante pour réclamer une indemnisation. Heureusement, l’ordonnance du 24 avril 2019 (loi Egalim) apporte une précision : si le préavis est de 18 mois ou plus, l’auteur bénéficie de la présomption d’exonération de l’obligation qui l’oblige à verser une indemnité. Cela facilite un peu la fin d’une relation d’affaires qui dure depuis des années.

A savoir : la rémunération est calculée en estimant la marge brute qui serait réalisée si la relation commerciale se poursuivait. « Cette information n’est pas toujours facile à trouver pour un confrère qui n’a pas accès à la documentation comptable de son partenaire », précise Camille Gibert qui invite, pour évaluer les risques encourus, à se baser sur l’élément de marché. .

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Constituer un faisceau d’indices

La première étape, qu’une personne soit issue ou victime d’une rupture de contrat, consiste à rassembler des documents permettant d’analyser factuellement la relation : le contrat (ou échoué à la première facture) pour déterminer l’ancienneté de la relation, le bilan de l’entreprise victime (disponible sur infogreffe), informations sur la part de chiffre d’affaires représentée par le contrat à l’entreprise victime (situation de dépendance économique à vérifier), etc. « De plus, il est important de comprendre le marché : si les victimes peuvent facilement trouver des partenaires commerciaux, le risque d’une indemnisation élevée sera moindre », a déclaré Camille Gibert.

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Ces informations disparates doivent être collectées en amont de la perturbation commerciale pour l’entreprise qui en est la source, afin de bien évaluer le risque ; et immédiatement après que l’interruption publicitaire lui a été notifiée pour l’entreprise de la victime, d’examiner si la notification est suffisante et de formuler une demande de dommages-intérêts si nécessaire. « Cette documentation constituera un ensemble global d’indices pour étayer sa défense ou sa demande d’indemnisation. On pourra y ajouter des preuves d’investissements réalisés pour exécuter le contrat, de licenciements à effectuer, etc. », énumère Camille Gibert, précisant que cela permettra ne servira pas à augmenter l’indemnisation en fonction de la seule brutalité de l’épidémie, mais constituera, le cas échéant, une demande d’indemnisation à part entière pour la victime.

Faute et cas de force majeure

Bien entendu, cette précaution ne s’applique que si le partenaire n’a rien fait de mal : « Si le cocontractant est fautif, il n’est plus question de rupture commerciale brutale », rappelle Camille Gibert : dans ce cas – il s’agit de notifiant la faute, donnant un préavis officiel pour y remédier et disant ensuite que les relations commerciales ne pouvaient pas continuer. Encore faut-il réussir à prouver que c’est faux…

En cette période de crise sanitaire, on pense aussi aux cas de force majeure, eux aussi difficiles à prouver et qui doivent répondre à trois conditions : extérieure, inattendue et insupportable. « Toutes les entreprises pensent pouvoir exercer la force majeure après le discours de Bruno Le Maire. Mais il semble qu’il parle de marchés publics ; dans les relations privées, personne ne dit que les conséquences de la crise sont un cas de force majeure », prévient Camille Gibert. Il s’agit d’y aller au cas par cas, sans penser que cela simplifiera la séparation avec les partenaires commerciaux.

Et avec les partenaires étrangers ?

De nombreuses entreprises françaises entretiennent des relations commerciales avec des entreprises étrangères. Que se passe-t-il en cas de rupture commerciale brutale dans ces cas ? « Les demandes des clients étrangers sont particulières, étant donné qu’il n’y a pas de rupture commerciale brutale dans beaucoup d’autres pays », rapporte Camille Gibert. En théorie, si l’entreprise victime de la scission était française, la partie étrangère serait tenue de se conformer à la loi française. « Mais ça reste très technique », a prévenu l’avocat. C’est donc une question à bien accompagner.