Sir Simon Rattle et le London Symphony Orchestra célèbrent…

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Le 14 janvier 2023, la Philharmonie de Paris accueille le London Symphony Orchestra et son directeur musical, le légendaire Sir Simon Rattle, pour une soirée dédiée à Jean Sibelius et Anton Bruckner. Le programme, savamment articulé entre mystère nordique et esprit romanesque, a été exécuté de main de maître et sans exagération, par un chef généreux et humble, et superbement exécuté par un orchestre qui, évidemment, suivrait la magnifique crinière blanche de Rattle au-dessus de la falaise, et tous -Compétences en anglais et patience.

Les Océanides op. 73 en ré majeur : une évocation impressionniste de la mer

Jean Sibelius a composé son avant-dernier poème symphonique, Les Océanides, sur commande du Norfolk Festival Orchestra (Connecticut). La composition de 10 minutes sera jouée pour la première fois, sous la direction de Sibelius lui-même, à Norfolk le 4 juin 1914, trois semaines seulement avant l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand qui déclenchera la Première Guerre mondiale. Intitulée à l’origine Rondeau der Wellen [Rondo des vagues] et composée en trois mouvements, cette pièce connaîtra plusieurs changements majeurs et ne sera finalisée qu’à l’occasion du voyage du compositeur aux États-Unis en première à bord du paquebot SS Kaiser Willhelm II. Sibelius l’appellerait Aalottaret, un mot finlandais qui évoque les esprits de l’eau qui habitent la mer Méditerranée dans la mythologie grecque.

Salué dès le début comme « la plus belle évocation de la mer en musique », le poème symphonique en un mouvement est construit sur deux thèmes. Au début, les flûtes légères et tourbillonnantes dépeignent le jeu des nymphes, mais cet enjouement gracieux sera rapidement contrasté par les appels plus sombres du hautbois et de la clarinette, accompagnés de la harpe et des cordes. Sinon hiératique, la deuxième partie évoque la profondeur menaçante de la mer. La musique s’amplifie, devient lourde jusqu’à devenir menaçante, et culmine dans la collision onomatopée des vagues. Le calme sera rétabli après la tempête et l’accord final poursuivra le thème initial de la mer vaste, impassible et éternelle.

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Tapiola, op. 112 : la dernière œuvre maîtresse avant le « silence de Järvenpää »

Comme Les Océanides, Tapiola est une composition de commande. Sibelius écrivit ce dernier poème symphonique, qui sera aussi sa dernière grande composition, en 1926, à la demande de Walter Damrosch, chef d’orchestre du New York Symphony Orchestra. Il travaillera à Rome et sur l’île de Capri, avant de retourner au village de Järvenpää, près d’Helsinki, où il vit avec sa femme Aino et leurs six filles. En 1904, il y fait construire Ainola, un grand chalet en bois au milieu des pins, conçu par Lars Sonck et transformé en musée Sibelius en 1974. Le compositeur y passera les trente années suivantes, jusqu’à sa mort en 1957, dans un silence artistique, ponctué seulement de quelques compositions d’inspiration maçonnique et de tentatives avortées de composer une huitième symphonie.

Œuvre puissante et sombre, Tapiola évoque le royaume de Tapio, l’esprit de la forêt dans la mythologie finlandaise, qui apparaît dans l’épopée nationale finlandaise le Kalevala. Dans le quatrain publié en épigraphe de Tapiola en allemand, anglais et français, Sibelius révèle son inspiration : « Du Nord s’étend la vieille forêt sombre / Mystérieux dans leurs rêves sauvages / Ils sont le grand abri divin de la forêt / Les Sylvans familiers s’agitant dans leurs ombres. Tapiola est une œuvre monothématique, presque aussi longue que la Septième Symphonie, et elle est écrite en un seul mouvement qui fait penser à un monologue intérieur. Construit largement et sans démarcation claire, autour de cinq ensembles rythmiques qui portent un seul leitmotiv, Tapiola, comme La Mer de Debussy, provoquant des forces imparables de la nature.

Le London Symphony Orchestra et Sir Simon Rattle ont enregistré une version live de Tapiola au Barbican de Londres le 18 septembre 2022. Parler de cette composition déroutante est la même chose à Paris, mais grâce à l’excellente acoustique de la Salle Boulez, ça sonne bien. plus complet et plus sérieux, ce qui ne peut que nous ravir. Sous la baguette du chef d’orchestre britannique, après le premier coup de timbale, la corde dessine le thème qui sera relevé dans sa forme originelle ou élargi, rétréci ou inversé, tout au long des 18 minutes de l’œuvre.

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Les harmonies envoûtantes et amères et les notes longues et douloureuses sont aussi hypnotiques qu’éthérées. Passage de cordes en sens inverse, montant et descendant une octave à la fois, suivi d’éclats de flûtes et de piccolos qui font la même chose, ce qui surprend et exprime l’intériorité troublante et profonde d’une nature. destructeur. Le brusque changement nous plonge dans l’atmosphère et le rythme d’un scherzo dansant, évoquant les esprits de la forêt, avant de s’élever, à plusieurs reprises, dans un fort crescendo de cuivres jusqu’à fortississimo, sans atteindre une terrible explosion qui justifiera la tristesse du sortilège. ce qui suit. Sibelius termine Tapiola dans le long et poignant si majeur, merveilleusement déployé et tenu en tension, sans résolution ni consolation.

La symphonie de tous les excès, la Septième d’Anton Bruckner

Dédiée au mécène exalté de Wagner, le roi Louis II de Bavière, parfois appelée la Symphonie de trémolos, la Septième est la plus torride. Grâce à son deuxième mouvement magistral, elle est également devenue la plus admirée de toutes les symphonies du compositeur et organiste autrichien. Louée par le régime nazi pour ses qualités « allemandes » perçues, la musique de Bruckner a été jouée lors des rassemblements du parti à Nuremberg. L’Adagio de la Septième sera également diffusé à la radio allemande le 31 janvier 1943, après la défaite de Stalingrad et accompagnera l’annonce le 1er mai 1945 de la mort d’Adolf Hitler.

Anton Bruckner a achevé la Septième après avoir rencontré Richard Wagner à Bayreuth en 1882, à l’occasion de la création de Parsifal. Les deux compositeurs se rencontrent en 1865, lors de la création de Tristan et Iseult à Munich. La légende raconte qu’en le rencontrant pour la première fois, Bruckner se jeta aux pieds de Wagner en criant : « Monseigneur, je vous adore ! » Bruckner travaillait sur l’Adagio lorsqu’il apprit la mort de son idole en février 1883. Profondément attristé par la mort de Wagner, il inséra alors un choral funèbre avec cors, tubas wagnériens et tubas contrebasse juste avant la coda du deuxième mouvement.

Dès la première mesure de la Septième, les trémolos chatoyants des violons et violoncelles évoquent le Rhône à l’aube de l’Or du Rhin et introduisent l’une des idées mélodiques les plus étendues et les plus étoffées de l’histoire de la musique. Sir Simon Rattle semble préférer une interprétation lyrique qui met en valeur les solos, notamment les cordes. Le hautbois et la clarinette introduisent le deuxième thème, qui grandit dans le signe de l’Anneau du Nibelung de Wagner et s’enfle lentement dans le premier climax de la symphonie, avant de laisser apparaître le troisième thème, imprégné d’une phrase de la danse qui évoque la Pastorale de Beethoven.

L’Adagio s’ouvre sur quatre tubas wagnériens, instrument inventé par Adolphe Sax à la demande de Wagner, qui cherchait une couleur entre cor et saxhorn pour son Anneau du Nibelung. Bruckner a été le premier compositeur à utiliser cet instrument dans une symphonie. Les tubas wagnériens et le tuba contrebasse cisèlent, tel un orgue, le thème est empreint de gravité et de désolation. Le violon reprendra alors la mélodie du Te Deum que Bruckner écrivit à la même époque. Des cymbales et des triangles accompagnent l’apogée finale lumineuse et pleine d’espoir de l’Adagio.

Le Scherzo et son atmosphère pastorale, où le son de la trompette en ouverture évoque le chant du coq, offre un contraste salutaire avec l’intensité de l’Adagio. Le mouvement est pétillant au début, mais l’insistance à jouer de la trompette et des cordes amène un léger malaise. Il se dissipe dans la dernière mesure pour laisser place à la flûte, avant de réintroduire une tristesse fervente et un final monumental, interprété par les redoutables cuivres du London Symphony Orchestra.

Pour ce vibrant hommage de Bruckner à Richard Wagner, Sir Simon Rattle opte pour un son calme et sculpté que le London Symphony Orchestra délivrera avec précision et réserve, loin d’une réalisation pompeuse, la possibilité de conjurer la vision de plusieurs milliers d’années . Reich. Une foule enthousiaste les remerciera par une chaleureuse ovation latine bien méritée.

Visuels : © London Symphony Orchestra