Soins pillages au chevet des sans-abri à Bordeaux

Photo of author

Rédactrice passionnée qui a vécu dans plus de 25 pays toujours à la recherche de la dernière information.

Créé à l’aune du premier confinement à Bordeaux, le Collectif de secours et orientation de rue (CSOR) sillonne les rues de la ville à la rencontre des sans-abri avec deux missions : effectuer les soins de premiers secours et orienter. Reportage avec une équipe de bénévoles dans les rues de Bordeaux.

Avec leurs chasubles blanches marquées d’un caducée, ils sont reconnaissables de loin. Il est 18h45 et, environ trois fois par semaine, une équipe du Collectif de Secours et Orientation de Rue (CSOR) se prépare à partir en voyage maraudeur. Créée à Bordeaux en 2020, l’association est l’une des rares en France dédiée aux « maraudeurs sanitaires ». Composé de 31 bénévoles, le CSOR apporte des soins essentiels aux personnes sans domicile et les oriente vers des structures spécialisées pour les « réinsérer » dans un parcours de soins.

Ce mercredi soir, et pour la première fois, l’équipe du CSOR suit la rafle menée par les Robins de la rue, une autre association qui apporte une aide alimentaire, notamment aux sans-abri.

Rendez-vous, allée de Chartres, non loin des Quinconces. Laura, infirmière à la clinique de Bagatelle, est le chef d’équipe. Elle est accompagnée de quatre autres bénévoles : Élisa, administratrice d’une compagnie de danse ; Claire, agent administratif de Bordeaux Montaigne ; Manon, étudiante en deuxième année de médecine; et Bertrand, chercheur médical à la retraite.

Premiers secours

Le CSOR organise trois marathons de la santé par semaine, les lundi, mercredi et vendredi de 19h00 à 23h00, dans deux « circuits » différents. Le premier concerne le secteur Capucins/Cours de la Marne/Gare Saint-Jean/Belcier, le second est plus axé sur le centre-ville avec un circuit Victoire/Sainte-Catherine/Parking Victor-Hugo/place Saint-Projet/Grand Théâtre.

En hiver, l’association est tous les soirs de la semaine à côté des Restos du Cœur, lors du chantier de distribution alimentaire André-Meunier. Le CSOR assure « la sécurité lors des raids alimentaires », en veillant au respect des gestes barrières.

Car pour effectuer des rôdeurs de soins et rejoindre le groupe, aucune qualification sanitaire n’est requise. Les bénévoles non soignants peuvent suivre une formation interne sans diplôme pour apprendre les gestes de premiers secours. Bertrand, qui a enseigné la médecine à la Faculté de Bordeaux, a récemment rejoint le collectif :

« On fait ce qui relève des premiers secours : désinfection des plaies, pansements… L’important c’est aussi de créer un climat de confiance, d’établir du lien. Il ne faut pas être fouineur, laisser les gens se livrer. On leur demande s’ils ont des problèmes de santé, s’ils sont suivis. »

Orienter

Place Saint-Projet, lors de la distribution alimentaire, Claire, l’une des bénévoles, est abordée par un homme. Il évoque le cas de sa compagne qui a des taches rouges sur le corps depuis quelques semaines. Le CSOR décide de le rencontrer, rue Sainte-Catherine. À l’aide d’une lampe frontale, Laura procède à l’auscultation.

Dans la cinquantaine, la femme a des démangeaisons au cou et aux avant-bras. Elle dit que c’est « psychologique », que les plaques apparaissent alors qu’elle est « dans la rue », devant « les regards des passants ». A l’arrivée de Royan avec son compagnon, elle a finalement été transférée à la Permanence d’accès aux soins de santé (PASS) de l’hôpital Saint-André, qui propose des consultations médicales en journée, pour les personnes sans couverture sociale. Le CSOR oriente les bénéficiaires vers différentes structures selon les pathologies et les besoins : la Case, le CEID, le PASS…

À Lire  Votre chat ou votre chien est trop gros ? Quelques conseils pour l'aider à se remettre sur la bonne voie

Rue Sainte-Catherine, un homme s’approche des bénévoles. Il reconnut les gardiens dans leurs chasubles blanches. Il demande un doliprano. Seulement pendant les maraudeurs d’attention, aucun médicament ne peut être prescrit. « Nous ne connaissons pas ses antécédents médicaux ni ses éventuelles allergies », explique Laura. Les équipes peuvent toutefois, si nécessaire, donner des pansements ou du sérum physiologique.

Main propre

Diego (le prénom a été changé) vient de venir voir l’équipe qu’il connaît déjà. Il a 70 ans et souffre de diabète. Il a mal aux pieds. Laura, aidée d’Elisa, va trouver et appliquer un pansement. Les soins sont basés sur le principe de la « main propre ». Laura, qui effectue le traitement, met des gants.

Élisa lui tend les compresses et le désinfectant. Les non-soignants ne peuvent nettoyer et protéger qu’une plaie superficielle. Les gestes « plus techniques » sont réservés aux professionnels de santé. La trousse médicale du chef d’équipe est ainsi plus complète avec notamment un tensiomètre, des garrots, des compresses, des bandelettes stériles, etc.

En cas d’urgence, les équipes appellent le Samu ou les pompiers. Jessica Miont, présidente de l’association, elle-même soignante de profession, se souvient d’un homme « grièvement blessé à la main » sur le quai des Salinières, après « être tombé sur une bouteille en verre cassée ». L’équipe a ainsi alerté le Samu, après avoir appliqué un garrot. « Nous ne sommes pas des sauveurs », conclut la jeune femme.

Place de la Ferme Richemont, les bénévoles vont à la rencontre d’un homme assis entre ses valises et ses couvertures. Vous êtes salarié, mais vous ne « gagnez pas assez » pour louer un appartement. Il est à la rue depuis trois mois. L’un des maraudeurs, Bertrand, prend contact. Il vous pose des questions sur votre état de santé. L’homme souffre d’épilepsie depuis l’enfance. Il est suivi par un médecin traitant, il s’assure qu’il prend ses médicaments.

« Pas un hôpital de rue »

Chaque personne interrogée fait l’objet d’un « dossier patient ». Les informations médicales sont enregistrées par le chef d’équipe, seuls les soignants ont accès à ces fiches de suivi, qui sont soumises au secret médical. Cependant, les sans-abri n’ont pas les coordonnées des soignants.

Jessica Miont, présidente de l’association, précise que le CSOR n’est pas un « hôpital de rue », l’objectif n’est pas que les bénéficiaires deviennent « dépendants » mais qu’ils soient « réorientés dans un parcours de soins vers des structures adaptées ». D’ici 2022, le CSOR espère trouver un lieu, au moins « pour entreposer le matériel ». Le groupe n’a pas l’intention « d’ouvrir une permanence », difficilement conciliable avec l’emploi du temps des bénévoles.

Le « circuit » terminé, c’est l’heure du rapport. Un état des lieux est fait après chaque flânerie. Le chef d’équipe soumet ensuite un rapport au bureau de l’association. Cet après-midi, les rôdages auront été « tranquilles », les bénévoles ont croisé « peu de monde ».

Tour à tour, chacun résume sa soirée. Avant d’adhérer à l’association, pour être « en sécurité », les intéressés doivent effectuer deux promenades. C’est le cas de Manon, 21 ans. Etudiant en deuxième année de médecine, il rencontre une équipe dans les rues de Bordeaux, leur pose des questions. Mais ce soir, elle est « convaincue » qu’elle rejoindra le collectif.

Contact CSOR : Page Facebook Téléphone : 06 73 60 62 65 Email : csor.bx@gmail.com

A voir aussi :
Injustice. Frank Martin (pseudonyme) est un Allemand de 34 ans qui a…