Sur le bateau-pilote, les experts du port d’Ajaccio guident les grands navires

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Written By Sophie Ledont

Rédactrice passionnée qui a vécu dans plus de 25 pays toujours à la recherche de la dernière information.

Chaque jour de l’année, la pilotine et ses pilotes sont les yeux des bateaux, longs de plus de soixante mètres, qui entrent dans le port d’Ajaccio. En saison estivale, une de leurs principales missions consiste à guider les navires de croisière jusqu’à leur emplacement.

Difficile de croire que ce semi-rigide, toujours à quai mercredi matin au port de Tino-Rossi, s’apprête à être les yeux du plus gros paquebot d’Ajaccio.

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Huit heures du matin, le capitaine du bateau-pilote, appelé aussi pilotin, embarque sur la petite embarcation, en direction de l’Aida Cosma, qui l’attend à l’entrée du golfe d’Ajaccio. A ses côtés, les deux pilotes qui assistent et guident les commandants des navires pour entrer et s’amarrer dans le port.

Jean-Laurent Pantalacci, nouveau pilote, est en poste depuis quarante jours et a rejoint l’équipe de six pilotes de Corse-du-Sud.

Chacun alterne tous les cinq jours entre les différents ports du secteur : Ajaccio, Bonifacio, Propriano et Porto-Vecchio.

Mercredi soir, Jean-Laurent accompagnera l’Aida Cosma en mer. Mais ce matin, c’est Marc Quessada, pilote de six ans, qui s’occupe de son entrée au port. Le bateau-pilote ne supporte que les bateaux de plus de soixante mètres.

Moteur allumé, le bateau-pilote se dirige droit vers le bateau de croisière, long de 337 mètres et haut de cinquante mètres. Une ombre géante apparaît. Le contraste est saisissant.

En cinq minutes, le bateau-pilote parvient à se glisser près du bateau de croisière. Le talkie-walkie de Marc sonne. Le capitaine de l’Aida assure l’arrivée du bateau-pilote. Ensuite, la responsabilité incombe à Jean-Baptiste, patron du bateau-pilote. Il doit amener le bateau le plus près possible du navire et permettre à Marc de passer d’un bateau à l’autre. « C’est la phase la plus critique et la plus périlleuse de l’opération », précise Jean-Laurent. Jean-Baptiste adapte sa vitesse à celle de l’Aida Cosma, autour de sept nœuds à l’entrée du Golfe, soit environ douze kilomètres à l’heure.

Les deux bateaux arrivent au même niveau. Quatre personnages vêtus d’une combinaison bleue apparaissent dans l’ouverture d’une porte, située à l’arrière droite du navire. Les marins d’Aïda lâchent une fine échelle de bois. « Elle est censée être réglementée et contrôlée chaque année pour assurer la sécurité des pilotes », indique Jean-Laurent.

Puis à la manière de James Bond, Marc gravit les quelques marches pour disparaître dans l’ouverture qui le mène à un long couloir de 300 mètres jusqu’au cockpit, au sommet du navire. Passer d’un bateau à l’autre ne prenait que quelques minutes. « Aujourd’hui, les conditions sont bonnes mais en hiver, la houle fait remonter le bateau-pilote alors que le navire est dans le creux d’une vague, et inversement, c’est là que l’opération peut devenir dangereuse », relate Jean-Laurent en regardant le Aida Cosma s’éloigne vers le port.

Sacrifices et formation

De mètre en mètre, le navire perd de sa vitesse.

A bord, Marc ordonne au capitaine de diminuer les nœuds pour assurer un petit virage jusqu’à l’arrêt complet du navire, à son poste d’amarrage. « Marc est en contact permanent avec l’équipe passerelle, l’officier de port et les lamaneurs à quai, ainsi qu’avec la capitainerie et les autorités maritimes », indique Jean-Laurent.

Les pilotes montent sans matériel ni ordinateur de bord. « Le cockpit est déjà bien équipé et nous recevons toutes les données du bateau en amont via les compagnies maritimes basées à Ajaccio dont dépend chaque navire de croisière », explique-t-il.

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Le service de bateaux-pilotes travaille également avec un météorologue à Campo dell’Oro et est autorisé à reporter une arrivée ou un départ en cas de mauvaises conditions.

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Lorsque le navire entre dans le port d’Ajaccio, autorisé par l’équipe de pilotage, Marc est aux côtés d’un capitaine, dont les compétences sont quasiment identiques aux siennes.

Comme Jean-Laurent, Marc a précédemment occupé plusieurs postes à bord de navires : Corsica Linea et le bateau de croisière Club Med dans les Caraïbes. Mais leur connaissance accrue du port les distingue des équipages des navires. « Lorsque nous avons passé le concours d’attelage d’Ajaccio, notre connaissance des lieux a facilité notre nomination », précise Jean-Laurent.

Chaque pilote est désigné par le préfet de Corse. Mais avant l’année du concours, chacun doit naviguer pendant dix ans en plus d’une formation de cinq ans après le bac. « C’est une vie de sacrifices, il faut savoir très tôt que l’on veut accéder à ce poste car le chemin est long ! », insiste Marc.

A 33 ans, Jean-Laurent vient d’accéder au grade de pilote de port deux ans avant la limite d’âge. Au-delà, il n’est plus possible de tenter le concours.

Auparavant, pendant dix ans, il a pu s’essayer à tous les grades : lieutenant, second puis capitaine. « Cela m’a permis de connaître les emplois auxquels nous sommes confrontés chaque jour », dit-il.

Après avoir commandé des ferries et un bateau de croisière en Antarctique, le nouveau pilote est ensuite capitaine à La Méridionale. Puis, il y a un an, Jean-Laurent a vu un poste de pilote se libérer à Ajaccio. C’est l’heure.

Un an plus tard, il le remplace : « J’ai anticipé, j’avais beaucoup navigué donc j’ai eu du temps libre pour préparer ma compétition. »

Jean-Laurent n’est pas issu d’une famille de pilotes, mais il a découvert sa vocation après avoir obtenu son bac avant d’intégrer l’École Nationale Supérieure Maritime (ENSM) de Marseille. « Le pilotage c’est l’élite, nous sommes des experts portuaires », réalise fièrement Jean-Laurent.

Les yeux de l’Aida

Les yeux de l'Aida

Mercredi, les grands yeux de l’Aida Cosma n’ont pas permis au navire d’atteindre seul sa position.

Commandé et guidé par Marc, le capitaine du navire effectue les dernières manœuvres à quelques mètres du quai. « Cent cinquante mètres, encore 150 mètres », lance l’officier du port qui guide Marc à travers son talkie-walkie.

Depuis la cabine de l’Aida, la large coque empêche le pilote de voir le bord du quai. « Plusieurs caméras situées sur le navire nous permettent d’être guidés depuis le cockpit du navire », explique Jean-Laurent en désignant l’une des caméras situées au-dessus de l’œil dessiné à l’avant du bateau.

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Une fois le navire arrivé à son emplacement, il faut une trentaine de minutes aux équipes de lamanage pour l’immobiliser. Sous le regard de milliers de passagers accoudés à leurs balcons bleus.

Pendant tout ce temps, le pilote bâbord reste aux côtés de l’équipage. Pendant que les matelots installent les passerelles pour faire débarquer les passagers, Marc réapparaît dans l’ombre de l’Aïda.

Les bras ballants, le pilote descend sur le pont et regagne tranquillement le bateau-pilote qui le ramènera à la capitainerie. Sûrement habitué à l’opération spectaculaire qu’il vient de réaliser.

Même si les conditions météo sont idéales, « aucune manœuvre n’est facile, avoue-t-il. La spécificité aujourd’hui est le tirant d’eau important qui aurait pu être causé par la grande profondeur à quelques mètres de l’emplacement du navire. Je dois être vigilant, d’autant plus que le commandant de l’Aida ne connaît pas la zone. »

Le soir, Marc laissait sa place à Jean-Laurent. À son tour, il a escorté l’Aida Cosma en mer. Jusqu’à ce que le prochain géant arrive le lendemain.