Triage de nuit aux urgences du CHU de Bordeaux : qu’en pensent les médecins sur place ?

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« On était dans une spirale infernale »: face au manque de soignants, le CHU de Bordeaux a mis en place un nouveau dispositif de régulation des urgences, accessible la nuit et le soir uniquement par 15 pour « maintenir un service stabilisé » cet été.

Devant l’entrée des urgences de l’Hôpital Pellegrin, une poignée de volontaires de la Protection Civile attendent. Vendredi soir, rares sont les patients, visiblement mal informés, à se présenter devant l’hôpital.

Car depuis le 18 mai, les inscriptions sont filtrées : à partir de 17h. à 22h en semaine et jusqu’à minuit le week-end, les secouristes accueillent ceux qui viennent directement, sans avoir rejoint le Samu au préalable.

A chaque arrivée, ils évaluent la présence d’une urgence vitale puis contactent un médecin régulateur du Samu Centre 15 qui décide d’entrer ou non dans le service. Si nécessaire, le patient est redirigé vers son médecin généraliste ou SOS Médecins.

Un trentenaire étourdi, venu chercher une attelle en le « grattant », s’est donc retourné.

La nuit, jusqu’à 8h00, le contact avec le SAMU se fait via un téléphone à l’entrée.

« Les urgences ne sont pas fermées. Nous ne refusons personne. Elles sont réglementées pour une meilleure prise en charge des patients », tient à rassurer le Dr Philippe Revel, chef du service des urgences adultes à l’hôpital Pellegrin et directeur du SAMU.

Les deux premières nuits, le service a enregistré un quart des patients en moins, selon les premières constatations. De quoi déjà soulager les équipes sur place et améliorer la prise en charge des patients, pour le chef de service qui espère ainsi « maintenir un service stabilisé durant l’été ».

Les Urgences restreintes, « c’est un parachute pour dégringoler moins vite »

« Attendre la moitié de la nuit dans un service surpeuplé pour voir un médecin pendant 10 minutes, ce sont des soins de mauvaise qualité qui fatiguent nos soignants », juge celui qui a vu ses effectifs se réduire au compte-gouttes.

Car avec « entre 40 et 50% » de médecins urgentistes manquants, « deux médecins présents la nuit au lieu de trois » et « la moitié des lits fermés faute de personnel paramédical », le service bordelais « allait à la catastrophe », dit-il. .

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Les syndicats du CHU et le collectif Urgences Bordeaux alertent depuis plusieurs mois sur des urgences débordées « comme en temps de guerre ». Une tente réservée à la médecine de catastrophe avait été érigée en début d’année.

Un membre du collectif, qui a décidé de quitter la médecine début mai « pour se préserver », dépeint anonymement auprès de l’AFP des locaux avec « parfois jusqu’à 200 patients par jour entassés » et soignés « même dans les douches » faute de place.

« Il y a des médecins qui ont fait preuve de dépression, de burn-out, d’idées suicidaires et on craint des suicides cet été », prévient le Dr Pierre Catoire, membre du collectif Urgences Bordeaux.

Le nouveau système est critiqué en interne. « C’est un parachute pour dégringoler moins vite », décrit le médecin pour qui la solution « est au niveau national ».

Même son de cloche avec l’intersyndicale CGT-FO-SUD qui appelle à la grève demain matin devant l’hôpital « pour réclamer la création d’emplois dans tous les métiers ».

« C’est inadmissible d’en arriver là dans un des meilleurs CHU de France. On a le même personnel qu’il y a 20 ans dans une ville où la population n’a cessé d’augmenter », insiste Gilbert Mouden, infirmier anesthésiste et délégué du personnel de Sud Santé Sociaux. .

Confrontés aux mêmes difficultés, plusieurs hôpitaux de la région dont Jonzac (Charente-Maritime), Sarlat (Dordogne), Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques), Marmande (Lot-et-Garonne) ou Sainte-Foy-la- Grande (Gironde) ont déjà adopté un dispositif similaire ou limité le nombre de jours d’ouverture des urgences, selon l’Agence régionale de santé.

Un système qui pourrait durer : « Les urgences accessibles sans validation médicale 24h/24, c’est de l’histoire ancienne. On ne sait plus comment faire. On est à l’aube d’un changement des habitudes », estime Philippe Revel, y voyant même  » l’avenir des services d’urgence ».

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